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Un parrain exceptionnel pour les docteurs 2016

Passionné par les formes de vie microscopiques depuis sa jeunesse, Philippe Horvath a su franchir toutes les étapes de la formation universitaire pour s’épanouir en thèse. Pour réaliser des choses concrètes et utiles, il a ensuite choisi l’industrie agroalimentaire et fait une « rencontre » scientifique des plus marquantes avec les structures CRISPR, en 2002. Retour sur un parcours déjà exceptionnel.

Pourquoi avoir "choisi" la recherche appliquée plutôt qu'une carrière plus fondamentale ?

J’avais et j’ai toujours ce besoin de réaliser des choses concrètes et qui me semblent utiles. Le fait de rejoindre une entreprise telle que Rhodia (ex-Rhône Poulenc) à Dangé-Saint-Romain, l’un des leaders mondiaux sur le marché des ferments lactiques, présentait pour moi une applicabilité de mon travail beaucoup plus immédiate, dans un environnement dynamique, avec aussi un potentiel d’évolution supérieur. Il faut également reconnaître que j’ai choisi cette voie parce qu’une opportunité intéressante se présentait à moi, et ce au bon moment puisque j’étais en train de rédiger ma thèse.

Qu’est-ce qui  a motivé votre parcours ?

Dès le lycée, mon attrait pour les sciences de la vie, et notamment pour les formes de vie microscopiques, était bien présent. A l’issue d’un Bac D, je me suis donc inscrit en DEUG Biologie, mais ce n’est qu’en licence de biochimie, puis en maîtrise, que j’ai réellement trouvé ma voie. En effet, les enseignements de deuxième cycle permettaient enfin de choisir des unités de valeur, ce qui m’a permis d’orienter mon parcours vers la microbiologie et la génétique. Au cours d’un stage d’été entre la licence et la maîtrise, j’ai découvert pour la première fois le monde de la recherche et celui de la biologie moléculaire et cela a constitué une sorte de révélation pour moi ! Plus tard, je pense que ma participation aux premières Doctoriales d’Alsace, en 1998, m’a probablement aidé à réaliser que les docteurs avaient aussi leur place dans l’industrie.

Quels sont les résultats scientifiques qui vous ont le plus marqué  / enthousiasmé ?

Ma carrière scientifique est évidemment marquée par ma « rencontre » avec les structures CRISPR, en 2002. Cet acronyme désigne des séquences répétées d’ADN très particulières, présentes dans le génome de certaines bactéries, et dont la fonction était alors inconnue. A cette époque je m’intéressais aux méthodes moléculaires de différenciation de souches de la bactérie du yaourt (Streptococcus thermophilus), et leurs séquences CRISPR se sont rapidement imposées comme des cibles pertinentes. C’est à travers le séquençage et l’analyse des régions CRISPR d’une collection de souches que nous avons réalisé  un moment de type euréka ! Début 2005, avec quelques collègues chez Danisco, nous avons compris que CRISPR était le support génétique d’un nouveau mécanisme de résistance contre les virus, une sorte de système immunitaire dirigé contre l’ADN des virus. Après dépôt de brevets, cette découverte a été publiée dans le prestigieux journal Science. Cet article, qui apportait la première démonstration du rôle biologique de CRISPR et des gènes associés (dont cas9), est rapidement devenu l’une des pierres angulaires de la thématique CRISPR. Il a été suivi de plusieurs autres articles scientifiques majeurs. En 2013, cette « révolution » somme toute modeste dans le domaine de la microbiologie a bénéficié d’une sorte d’aspiration par la « révolution CRISPR-Cas9 » pour l’édition des génomes, qualifiée de découverte du siècle en biologie, et qui présente des applications considérables dans les domaines des biotechnologies, de l’agriculture et de la médecine.

Une autre étape marquante de ma carrière, directement liée à ce qui précède, a été l’attribution de prix scientifiques prestigieux : le prix Massry en octobre 2015, et les prix Warren Alpert (Harvard Medical School) et Gairdner en octobre 2016.

Propos recueillis par Anne-Isabelle Bischoff

 

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Aujourd’hui cadre scientifique chez DuPont, Philippe Horvath a réalisé un doctorat à l’Université Louis-Pasteur, obtenu en 2000. Au sein du laboratoire de Microbiologie et de génétique à l’Institut de botanique de Strasbourg, il étudie alors la dynamique, l’évolution et l’expression de génomes de bactéries lactiques et en particulier le métabolisme des pyrimidines chez Lactobacillus plantarum CCM 1904.

« Les jeunes docteurs doivent avoir confiance en leur valeur ajoutée »

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Pourquoi avoir accepté de remplir ce rôle de parrain ?

D’abord, parce que je suis moi-même diplômé de l’Université de Strasbourg (plus exactement de l’ex-Université Louis Pasteur), avec un doctorat obtenu en 2000. Je suis Alsacien d’origine -  ma famille résidant dans la région de Colmar – j’y reviens régulièrement et j’aime y revenir ! De plus, j’ai conservé des liens avec différents enseignants-chercheurs de l’Unistra, notamment Benoît Kammerer et David Gilmer, responsables du Master de biologie des micro-organismes ; depuis 2007 et tous les deux ans je donne un cours-conférence dans le cadre de ce Master.

Il s’agissait d’une opportunité unique et ma curiosité m’a poussé à vivre cette expérience inédite pour moi.

Qu’est-ce que le doctorat vous a apporté dans votre carrière ?

Le doctorat peut et doit être considéré comme une première expérience professionnelle. Il s’agit d’une formation à la recherche, par la recherche, à travers laquelle on acquiert des expertises techniques et scientifiques pointues, et qui développe des qualités telles que rigueur, persévérance, adaptation et créativité.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes docteurs de cette promotion ?

Qu’ils soient conscients de leurs atouts, de leurs différences par rapport à d’autres formations (ingénieurs, grandes écoles) ; qu’ils aient confiance en leur valeur ajoutée, dans le monde académique évidemment, mais aussi dans le monde de l’entreprise ; qu’ils réfléchissent bien aux choix qui s’offrent à eux, aux orientations professionnelles qu’ils suivront.