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Ville durable, une évolution en tension

Développement durable, énergies renouvelables… l’environnement est au cœur des problématiques d’expansion des villes. Expansion qui soulève de nombreuses questions notamment de gouvernance et de perceptions sociales. Le point avec Philippe Hamman, professeur en sociologie de la ville et de l’environnement au sein du laboratoire Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe (SAGE).

« La question de la ville durable est une notion chapeau comprenant plusieurs problématiques en tension. Elle s’inscrit en permanence dans le domaine politique et nécessite des arbitrages : l’action publique doit passer par la collectivité, avant de passer par le territoire, sans oublier l’acceptabilité au niveau des habitants. L’évolution dans les métropoles françaises a été de relire les politiques environnementales sous l’angle de la durabilité, ce qui s’est traduit par un renforcement des actions en faveur de l’environnement. Le tout, de plus en plus sous l’angle du changement climatique », explique d’emblée le chercheur, responsable de l’axe transversal « gouvernance de la durabilité » du Cluster de recherche en durabilité du Rhin supérieur.

L’installation du tram et la place de l’arbre en ville

Philippe Hamman établit un lien entre durable, social, économie et démocratie. Pour montrer la complexité de la mise en place d’une mesure liée au développement durable, il prend l’exemple du tramway à Strasbourg. « Le motif environnemental est en même temps lié à la question du lien social et de l’irrigation des quartiers. Le tram peut être considéré comme un mode de déplacement alternatif aux énergies fossiles mais il ne règle pas la question de l’origine de l’électricité… » L’installation des lignes a également suscité des tensions liées à la place de l’arbre en ville. « Pour que la solution du tram soit mise en œuvre en 1994, il a fallu couper des dizaines d’arbres, dont des marronniers centenaires place des Halles et envoyer les CRS déloger les opposants qui s’y étaient installés. Tout cela montre des problématiques de gestion de priorités. » Autre exemple : L’action zéro phyto sur les espaces verts a soulevé d’autres questions comme la pénibilité du travail ou les déplacements, lorsqu’il faut revenir plus souvent enlever les « mauvaises herbes ».

Une coopération ville/université

A Strasbourg, différentes initiatives ont été observées par Philippe Hamman : les parcs naturels urbains, l’agriculture urbaine (jardins partagés), le développement des éco-quartiers sous la norme BBC, qui passera à des bâtiments à énergie positive pour les nouvelles constructions après 2020. « Mais il n’est pas certain que tout le monde ait la même lecture des enjeux. Habiter un éco-quartier, est-ce un acte militant ou une question d’économie d’énergie ou encore de distinction sociale ? Notre laboratoire a pu mesurer cela à travers des études portant par exemple sur la réduction du nombre de places de parking dans des éco-quartiers de l’Eurométropole. Mesure pas forcément appréciée de la part des résidents, alors qu’elle a une visée écologique : réduire la place de la voiture dans la ville. »

Pour tenter de trouver des solutions à ces problématiques, des coopérations sont mises en place entre l’Université et l’Eurométropole de Strasbourg. « A SAGE, les chercheurs participent à des actions d’évaluation ou d’accompagnement. Et dans le cadre des enseignements de l’Institut d’urbanisme et d’aménagement régional (IUAR) de la Faculté des Sciences sociales, des ateliers sont proposés pour faire travailler les étudiants sur des questions pratiques posées par la ville », conclut notre chercheur.

Marion Riegert

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La gouvernance de la durabilité renvoie à l’ensemble des processus, des contenus, des procédures et des acteurs liés à l’intégration de la thématique environnementale et de durabilité dans l’action publique. Le tout, à différentes échelles territoriales en passant par tout un ensemble de jeux d’acteurs et de transition sociale, entre acteurs institués (élus, techniciens, institutions locales…) et instituants (associations, citoyens…).

Important information

Le cluster de recherche en durabilité du Rhin supérieur a été lancé en 2016 pour trois ans. Sa particularité réside dans le fait que ce n’est pas un projet de recherche « classique » mais une action structurante de mise en réseau transfrontalière et tri-nationale autour des questions d’environnement et de durabilité. Il associe différents établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche alsaciens, suisses et allemands. « Le cluster fait en sorte que les chercheurs connaissent les partenaires possibles dans les autres universités et qu’ils puissent amorcer des projets communs qui s’incarnent notamment par des journées d’étude et de transfert de connaissances, et des réponses communes à des appels d’offres », explique Philippe Hamman, qui étudie les questions d’environnement et de durabilité depuis une vingtaine d’années, ainsi que la manière dont l’action publique prend en compte ces thématiques. Pour ce faire, cinq entrées ont été retenues : la gouvernance de la durabilité, les questions d’énergies, de ressources, de processus de transformations et technologies, et enfin la multi-culturalité. « Nous essayons notamment de promouvoir les comparaisons entre la France, la Suisse et l’Allemagne. »