L'actualité de la recherche

Autisme, un trouble protéiforme

Génétique, sciences de l‘éducation, psychologie, pédopsychiatrie… Dans le cadre de la journée mondiale de sensibilisation à l'autisme, nous avons rencontré quatre chercheurs du réseau Stras-Autisme. Chacun s'intéresse à cette problématique à travers le prisme de sa discipline.

Céline Clément (à g.) a créé un programme
de formation pour les familles d’enfants
atteints d’autisme. Photo Nicolas Daigneault

Une formation pour les parents d’enfants atteints d’autisme

Les recherches de Céline Clément, enseignante-chercheuse au Lisec (Laboratoire interdisciplinaire des sciences de l’éducation et de la communication) en psychologie et sciences de l’éducation, portent sur deux volets de l’autisme. Le premier concerne l’inclusion des élèves à besoins éducatifs particuliers présentant des troubles neurodéveloppementaux. « Dans le cadre d’un projet mené en partenariat avec l’Education nationale et soutenu dans le cadre d’un contrat doctoral Idex, je m’intéresse à la transition du primaire vers le secondaire pour les élèves atteints d’autisme. » Avec la loi de 2005 portant sur l’inclusion des personnes handicapées, beaucoup d’entre eux sont arrivés au collège. « Nous souhaitons avoir une meilleure compréhension de ce qu’est une transition réussie pour un parent, un enfant ou encore un professeur. Le tout, afin de mieux anticiper les difficultés qui peuvent se poser. »

Le deuxième volet de sa recherche porte sur un programme de formation pour les familles d’enfants atteints de troubles du spectre de l’autisme. « Il s’agit de former les parents d’enfants âgés de 3 à 8 ans à comprendre les troubles de l’enfant et à leur donner des outils pour interagir au quotidien. » Conçu en 2011, il a été implanté pour la première fois au Centre hospitalier de Rouffach. Le programme consiste en 12 ateliers de 2 h répartis sur 6 mois. Les parents sélectionnés pour y participer ont un plan d’action avec des exercices à réaliser à la maison. Poitiers, île de La Réunion, Québec… Depuis 2015, il fait des émules. « Nous avons créé un module dispensé au service de formation continue à Strasbourg pour former des encadrants et leur permettre d’implanter le programme. » Une plateforme de formation à distance Moodle est en cours de développement depuis 2017 avec le soutien de la Direction du numérique (Dnum).

Amélie Piton s’intéresse à la
génétique humaine. Photo DR

La testostérone pourrait participer à la plus grande prédisposition des garçons à l’autisme…

Amélie Piton, chercheuse au sein de l'équipe Génétique et physiopathologie des maladies neurodéveloppementales et épileptogènes de l’IGBMC (Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire) s’intéresse à la génétique humaine. « Plus de 500 gènes vont causer des maladies neurodéveloppementales incluant l’autisme », précise la chercheuse qui travaille avec Jean-Louis Mandel sur l’identification de nouveaux gènes responsables d’autisme, de déficience intellectuelle ou d’épilepsie. « Au moins 30% des troubles autistiques sont associés à une déficience intellectuelle. L’idée est de comprendre les mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués. »

Identifier ces gènes permet un meilleur diagnostic à l’hôpital et de mettre en place un suivi particulier en fonction des mutations observées. Sans oublier d’apporter à la famille un conseil génétique : « savoir quels risques elle a d’avoir un autre enfant autiste. » Durant leurs recherches, Amélie Piton et Jean-Louis Mandel ont essayé de comprendre pourquoi quatre fois plus de garçons sont atteints d’autisme que les filles. « Nous avons essayé de voir si la testostérone joue un rôle dans ce résultat. Nous avons observé qu’elle augmente ou diminue l’expression de certains gènes impliqués dans l’autisme, ce qui pourrait entrainer une prédisposition à ce trouble. » La découverte a fait l’objet d’une publication dans la revue « Biological Psychiatry » le 9 janvier dernier.

Carmen Schröder étudie notamment
les effets des troubles du sommeil sur
les enfants autistes. Photo Hôpitaux
universitaires de Strasbourg

Un meilleur sommeil pour diminuer les troubles liés à l’autisme

Carmen Schröder, chef du service de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des Hôpitaux universitaires de Strasbourg et chercheuse au sein de l’équipe CNRS « Lumière, rythmes circadiens, homéostasie du sommeil et neuropsychiatrie » de l’Institut des neurosciences cellulaires et intégratives (INCI), teste pour sa part différentes thérapies auprès de très jeunes enfants. « Nous avons les moyens de diagnostiquer de plus en plus tôt l’autisme mais il n’y a pas encore assez d’interventions spécifiques dédiées aux enfants de moins de trois ans. » Depuis 2009, un réseau de recherche a été créé. Il teste différentes méthodologies existantes comme celle de Denver qui consiste à stimuler le développement global de l’enfant et tente de les adapter en France. « L’autisme est un problème neurodéveloppemental. Lorsque nous intervenons tôt, nous avons de meilleurs résultats car le cerveau est encore flexible. »

Autre volet de recherche, plus fondamental : le sommeil. Dans ce cadre, Carmen Schröder travaille sur la partie recherche clinique en collaboration avec une équipe mixte du CNRS. Pour l’autisme, le postulat de départ est souvent de dire que les troubles du sommeil en découlent. « Nous prenons le problème dans l’autre sens et cherchons à savoir si les troubles du sommeil ne renforcent pas certains symptômes de l’autisme. » Pour ce faire, différents tests ont été réalisés à l’aide de capteurs. Cette année, les résultats seront analysés. Dans une recherche consécutive, l’équipe teste l’intérêt d’un traitement médicamenteux et notamment les effets de la mélatonine sur le sommeil.  « Une amélioration du sommeil atténue les troubles du comportement chez les enfants autistes. » Autre test prévu: celui de la luminothérapie.

Marion Riegert

  • Pour en savoir plus sur le programme de formation développé par Céline Clément voir aussi notre article paru dans le magazine Savoir(s)

Stras-Autisme : « Du labo à la paillasse jusqu’au patient »

Important information

En 2012, l’autisme a été déclaré grande cause nationale. Céline Clément, enseignante-chercheuse au Lisec, souhaite marquer l’évènement à Strasbourg. Elle rencontre alors le vice-président recherche de l’époque, Eric Westhof. « Il m’a donné carte blanche. » En tapant autisme dans le moteur de recherche du site de l’université, Céline Clément identifie l’ensemble des collègues travaillant sur le sujet. Le réseau de recherche interdisciplinaire des chercheurs en autisme de l’Université de Strasbourg, Stras-Autisme, est né. Il regroupe une dizaine de membres actifs, sans compter les membres des laboratoires régulièrement impliqués.

 « C’est l’idée du labo à la paillasse jusqu’au patient. » Depuis, chaque année en décembre, une journée de rencontre est organisée pour permettre aux chercheurs de présenter leurs travaux à leurs collègues. « Ça nous a permis de créer des petites collaborations en supervisant des étudiants sur des projets originaux. » La veille au soir, une conférence grand public est organisée en présence des familles et étudiants. « Nous faisons un décryptage de l’actualité de la science dans le domaine. »