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HomoCop, enquête sur la police et les homosexualités

18/02/2019

Maladie réprimée par la police devenue cause à défendre, de la répression à la protection, la perception de l’homosexualité a connu différentes évolutions. De 1945 à nos jours, Jérémie Gauthier, chercheur au sein de l’unité mixte de recherche Dynamiques européennes depuis septembre 2018, revient sur l’évolution des liens entre police et homosexualité en France et en Allemagne à travers le projet HomoCop.

Jérémie Gauthier est spécialiste
de la police. Photo MR

« Durant des enquêtes de terrain dans les commissariats, j’ai remarqué que les questions de genre et de sexualité étaient très présentes dans le monde policier », raconte le chercheur qui apprend notamment l’existence de l’association des policiers et gendarmes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). Ça m’a questionné car la police française est traditionnellement réticente aux revendications fondées sur une identité. » De ce constat, Jérémie Gauthier fait un projet de recherche débuté en 2017 au côté de son collègue de l’École des hautes études en sciences sociales, Régis Schlagdenhauffen.

Intitulé HomoCop : police, justice et homosexualités en France et en Allemagne, le projet se découpe en trois volets chronologiques. « L’idée générale est, à travers l’étude « police / justice » de mieux comprendre le passage de la répression des homosexuels à la répression de l’homophobie ». Premier arrêt dans les années 1945 à 1982 pour un point historique. A cette époque, l’homosexualité était perçue comme une maladie et faisait l’objet d’une pénalisation spécifique.

« Des battues dans les lieux de sociabilité gays »

« En travaillant sur les archives de la justice, nous avons recensé 10 000 condamnations pour actes homosexuels. » Des peines lourdes comme de la prison ferme qui touchent essentiellement des hommes issus des classes populaires urbaines. Ce délit alors appelé « relation contre nature » visait les amours entre « personnes de même sexe » de plus de 21 ans avec des plus jeunes. 21 ans étant l’âge légal de la majorité sexuelle pour cette population contre 15 pour les hétérosexuels.

Le chercheur note également un volet harcèlement policier. « Les homosexuels constituaient « une clientèle policière » sur laquelle la police se permettait d’agir en dehors des cadres déontologiques. Jusqu’aux années 1980, des battues étaient organisées dans les lieux de sociabilité gays. » Au sein de la police le sujet était tabou. « Lors d’entretiens, des policiers en activité à l’époque expliquent qu’il était inconcevable de révéler son orientation sexuelle. Le métier de policier était alors un métier d’hommes hétérosexuels. »

Une population revendiquant des droits

Un retournement a lieu dans les années 80-90 suite à une forte mobilisation de la communauté homosexuelle. Législation européenne anti-discrimination, actions des mouvements gays, reconnaissance du caractère homophobe comme circonstance aggravante en cas d’agression, en passant par le mariage pour tous… au fil des années les homosexuels deviennent une population revendiquant des droits. Le mandat de la police et de la justice à leur égard change également.

Pour comprendre la condition actuelle des personnes LGBT+* au sein des forces de l’ordre, Jérémie Gauthier et son collègue mènent une vingtaine d’entretiens de policiers qui se définissent comme LGBT. « Ils traversent des épreuves communes d’expériences de discrimination, voire de harcèlement. » Si sur le terrain l’hétérosexualité reste encore la norme, la situation a tout de même évolué. « Les policiers LGBT+ disposent d’une association pour les défendre. Le droit ne vise plus à réprimer mais à protéger cette population comme en témoigne par exemple la volonté d’améliorer l’accueil des victimes de violences homophobes ».

Marion Riegert

*Le sigle désigne l'ensemble des personnes ne s'identifiant pas comme hétérosexuelles ou dans les cases typiques des genres.

Une recherche au cœur des questions policières

Important information

La police, les politiques de sécurité et l’État sont autant de thématiques qui intéressent Jérémie Gauthier de manière comparative entre la France et l’Allemagne. Après plusieurs années à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, il intègre l'unité mixte de recherche DynamE. Il est également chercheur associé au centre Marc-Bloch de Berlin. Ses premiers pas sur le sujet débutent dans les années 2000 alors qu’il est étudiant à Sciences Po Lille. « Insécurité et police étaient au cœur des débats politiques. Or il existait peu de recherches sur le sujet », se souvient Jérémie Gauthier qui poursuit par une thèse sur les relations entre police et minorités en France et en Allemagne. Il y montre notamment que « la police allemande valorise la prévention, la désescalade, la dimension sociale du travail alors qu’en France, la police française reste focalisée sur ses missions répressives. » Actuellement, en parallèle d’HomoCop, il est engagé au côté d’une dizaine de chercheurs dans un projet financé par l’Agence nationale de la recherche. Coordonné par Alexis Spire, directeur de recherche CNRS à l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS-EHESS), le projet porte sur les pratiques et représentations ordinaires des gouvernés face à l’État (Profet). Impôt, école, justice, police sont autant de thématiques abordées. « Pour ma part, je m’intéresse à ce que les gens pensent, demandent et attendent de la police. » Et ce à travers une enquête de terrain menée auprès d’une quarantaine de personnes dans les salles d’attente et les bureaux des plaintes de commissariats de la région parisienne. Le chercheur ne chôme pas et a également codirigé avec Fabien Jobard l’ouvrage collectif Police : questions sensibles, paru en janvier 2018 aux Presses universitaires de France.