L'actualité de la recherche

La crise sismique de Mayotte mobilise les chercheurs

29/03/2019

10 mai 2018 Mayotte tremble. Depuis des secousses traversent l’île soulevant de nombreuses questions. Dès le mois de juin, des chercheurs de l’Université de Strasbourg se mobilisent pour tenter de percer le mystère. Parmi eux, Jérôme van der Woerd, chercheur CNRS à l’École et observatoire des sciences de la terre (EOST), revenu de la petite île le 11 mars dernier.

Jérôme van der Woerd s'est rendu sur
l'île de Mayotte en mars 2019.
Crédit F. Tronel-BRGM

« La crise sismique débute en mai 2018 dans une région où on ne s’attendait pas à autant de séismes », explique Jérôme van der Woerd qui précise que son paroxysme a eu lieu le 15 mai à l’est de Mayotte avec un séisme de magnitude 5.9 faisant de nombreux dégâts matériels. « L’épicentre se trouve à 50 km à l’est au large de l’île, sous l’océan mais nous manquons d’informations sur la position et la profondeur des séismes. » Dans cette zone, les scientifiques disposent de peu d’instruments, seul le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) en charge de la prévention sismique est implanté sur l’île.

Une chambre magmatique

A l’EOST, les chercheurs suivent l’activité sismique française et disposent des données collectées par le Bureau central sismologique français - Réseau national de surveillance sismique (BCSF-RENASS). « L’intérêt de la communauté scientifique ne s’est pas réveillé tout de suite et nous avons commencé à nous poser des questions et nous coordonner au mois de juin », poursuit Jérôme van der Woerd. Deux chercheurs de son laboratoire se rendent alors sur place pour une mission macro-sismique. Autrement dit évaluer le niveau de sévérité des secousses par l’analyse de témoignages et des dégâts occasionnés par les séismes. Le tout, pour le bureau central sismologique français hébergé à l’EOST.

En octobre, des sismologues américains notent des signaux liés au volcanisme émis depuis cette zone. « Il y a sûrement une chambre magmatique profonde qui s’est réveillée. Elle se vide depuis juillet. » Pour améliorer le réseau de surveillance et de suivi de la crise, un projet, accepté en janvier, est monté entre l’EOST, l’Institut de Physique du globe de Paris, le BRGM, ou encore l’Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (IFREMER). Soit une quarantaine de chercheurs au total pour un budget de 420 000 euros financé pour moitié par la Direction générale de la prévention des risques du Ministère de la transition écologique et solidaire et pour l’autre par le CNRS.

Une station a notamment été installée
à la mairie de Mtsamboro.
Crédit G. Dectot-BRGM

« En aucun cas nous ne pourrons prédire les séismes »

La mise en place de stations en fonds de mer a eu lieu fin février lors d’une première mission. Début mars, c’est au tour de Jérôme van der Woerd de se rendre à Mayotte durant une semaine pour installer plusieurs stations au nord, au sud et à l’est de l’île, avec trois ingénieurs : Céleste Brouck de l'EOST, Alison Colombain et Grégoire Dectot du BRGM. « Ces stations, en plus d’améliorer le suivi de la sismicité, vont aussi servir à estimer les effets au sol pour faire de la prévention. En aucun cas nous ne pourrons prédire les séismes », rappelle le chercheur qui a ressenti trois à quatre secousses par nuit durant son séjour. Mi-mars, une troisième mission permet l’installation d’une station sur l’île Glorieuse à 200 km au nord-est de Mayotte.

Une seconde phase va consister à repêcher les stations sismologiques en mer et ainsi relocaliser plus précisément les séismes. « L’intérêt est aussi de mieux connaitre les fonds marins d’un point de vue géologique, géophysique… » Ces nouvelles données vont appuyer des demandes de projets de recherches multithématiques (à l’Agence nationale de la recheche par exemple). Sans parler d’une campagne en mer prévue en 2020. « Nous souhaitons affréter un bateau sur zone pour réaliser une imagerie des fonds marins. » Depuis que les séismes ont commencé, « et probablement à cause de l’éruption volcanique sous-marine en cours », l’île tombe à raison d’un centimètre par mois vers l’est et vers le fond de l’océan…

Marion Riegert

Le point sur les services d'observation sismologique de l'EOST

Important information

L’Ecole et observatoire des sciences de la terre est un Observatoire des sciences de l’Univers (OSU) sous la tutelle de l’Institut national des sciences de l’Univers (CNRS-INSU) et de l’Université de Strasbourg. Ses missions ? Réaliser des observations pérennes de phénomènes naturels et mettre à disposition de la communauté scientifique les données recueillies, ainsi que des produits issus de ces données. Ils constituent la base de nombreux travaux scientifiques et peuvent être utilisés par les autres organismes en charge de la surveillance des risques telluriques. Les phénomènes naturels observés par l’EOST sont, par exemple, les séismes, le champ magnétique, le champ de pesanteur, les déformations lentes de la croûte terrestre, la composition chimique des eaux, les instabilités gravitaires...

Dans le domaine de la sismologie, l'EOST pilote notamment le Réseau large bande permanent (RLBP), réseau sismologique de capteurs dédiés à la mesure continue du mouvement sismique sur le territoire métropolitain, ainsi que le Bureau central sismologique français - Réseau national de surveillance sismique (BCSF-RéNaSS) qui collecte, analyse, centralise et diffuse les observations instrumentales et macrosismiques (intensités) des séismes affectant le territoire français. 

Ces activités sont intégrées au niveau national dans l’infrastructure de recherche RESIF (Réseau sismologique et géodésique français), ainsi que dans les dispositifs européens (EPOS - European plate observatory system) et mondiaux dédiés à l’observation et la compréhension de la structure et de la dynamique de la Terre interne.