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La « magie » de la catalyse au service de l’environnement

30/04/2019

Arrivé à l’Institut de science et d'ingénierie supramoléculaires (Isis) en mars 2019 dans le cadre du programme MOPGA « Make Our Planet Great Again », Amir Hoveyda étudiera le développement de nouveaux catalyseurs pour des synthèses chimiques plus respectueuses de l’environnement. Rencontre avec ce chercheur américain de renom, amoureux de la culture française.

Amir Hoveyda échange avec sa
collaboratrice Stella Gonsales. Photo VN

« La catalyse a un côté magique. Un peu de poussière dans un mélange et tout se transforme », souligne d’emblée Amir Hoveyda, chercheur américain spécialiste de la catalyse, tombé dans la chimie un peu par hasard. « A l’université, je voulais être sculpteur et j’ai suivi des cours dans cette activité artistique à New York. Aux Etats-Unis, il faut prendre des options. J’ai choisi la chimie organique et il s’est avéré que j’étais bien meilleur dans ce domaine ! »

Exit la sculpture, même si pour Amir Hoveyda la chimie est une forme d’art dans laquelle la création a toute sa place. Arrivé à l’Institut de science et d’ingénierie supramoléculaires fin mars 2019, ce fils de diplomate connaît bien la culture francophone. « J’ai passé une partie de mon enfance en Belgique et j’ai de la famille à Paris », glisse cet amoureux de Proust, qu’il a étudié pendant six ans.

« Des alternatives aux métaux précieux »

Le choix de l’Isis ne s’est pas fait au hasard. « Il y a dix ans, Jean-Marie Lehn m’avait proposé de rejoindre l’institut. A l’époque, il n’y avait pas la place pour accueillir une nouvelle équipe », raconte le chercheur, ravi de collaborer avec « des personnes d’excellence », dans un institut de sciences où il se sent plus libre de développer ses idées.

Le programme MOPGA permet à Amir Hoveyda de se consacrer entièrement à une recherche en rapport avec l’environnement. « Depuis des années, les catalyseurs utilisés sont formés à partir de métaux précieux. Ces derniers coûtent cher en raison de leur rareté et leur extraction du sol génère de la pollution », explique le chercheur, qui précise que ces métaux ont été apportés sur Terre par des météorites. « Ils restent pour le moment indispensable pour l’industrie pharmaceutique mais ils risquent de devenir hors de portée pour les laboratoires qui disposent de moins de financements », poursuit Amir Hoveyda, qui s’emploie à trouver des alternatives à ces catalyseurs. Objectif : « Make all people live longer », sourit le chercheur.

Lancer une flèche avec un objectif spécifique

Pour lui, « la chimie entre dans une nouvelle ère ». Avec son équipe, Amir Hoveyda est parvenu à mettre au point la synthèse d’un médicament anticancéreux en réduisant considérablement le nombre de déchets, et sans métaux précieux. Une recherche qui a donné lieu à une publication dans Science, le 5 avril 2019, le jour de son anniversaire.

Pendant une période de transition, il va partager son temps entre la France et les Etats-Unis, où une partie de son équipe travaille encore. Quatre chercheurs de son laboratoire de Boston l’ont suivi pour travailler à Strasbourg et quatre collègues rejoindront Isis d’ici peu, dans une équipe très internationale.

Amir Hoveyda a pour ambition de former de jeunes chercheurs et de transmettre à ses collègues l’importance du respect de l’environnement. Le secret de son succès ?  Le chimiste compare les recherches au tir à l’arc. « Quand je lance une flèche, je préfère toucher des cibles spécifiques. Cela permet de trouver des solutions aux problèmes importants. »

Vanessa Narbonne

Make Our Planet Great Again en chiffres

Documents

  • 2017 suite à la décision des Etats-Unis de sortir de l'Accord de Paris sur le climat, Emmanuel Macron lance l’initiative Make Our Planet Great Again. C'est un appel aux chercheurs et aux enseignants, aux entrepreneurs, aux associations et aux ONG, aux étudiants et à toute la société civile à se mobiliser et à rejoindre la France pour mener la lutte contre le réchauffement climatique.
  • 2000 candidatures environ ont été examinées par un jury international réuni par Campus France.
  • 154 étudiants et chercheurs étrangers ont obtenu un financement dans le cadre des 4 programmes de l'initiative Make Our Planet Great Again. Ils viennent en France à partir de septembre 2018 pour y mener leurs recherches dans des domaines liés aux défis du changement climatique.
  • 31% des lauréats viennent suivre un cursus en master (de 12 à 24 mois). 44% sont en programme court (de 1 à 6 mois). 15% viennent effectuer un doctorat (36 mois). 10% sont accueillis en post-doc (24 mois).
  • 3.8 millions d’Euros (2018-2020), c’est le montant du financement par le Ministère de l’Europe et des affaires étrangères et le Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Les établissements d’accueil cofinancent en partie les séjours d’études et de recherche.