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L'architecture dans l'Union soviétique, un moyen de changer le monde

28/05/2019

Tijana Vujosevic a intégré le laboratoire pluridisciplinaire image ville environnement (Live) en décembre 2018 pour 2 ans en vue notamment d'approfondir ses connaissances en géographie. Un défi pour cette chercheuse en architecture qui souhaite ainsi élargir ses horizons.

Tijana Vujosevic a intégré le laboratoire
pluridisciplinaire image ville environnement
en décembre 2018. Photos DR

Née en Serbie, Tijana Vujosevic a le voyage dans la peau. « Je suis arrivée aux Etats-Unis à 20 ans pour étudier l’architecture et le design », raconte la jeune femme à l’enthousiasme communicatif. Après 15 années passées au pays de l’Oncle Sam et un doctorat en poche réalisé au Massachusetts Institute of Technology (MIT), la chercheuse décide de partir à l’aventure en Australie où sa famille vient de s’installer. « J’étais professeur assistante d’architecture, l’équivalent de maître de conférences, à la "University of Western Australia", localisée à Perth, le point le plus isolé du pays », sourit Tijana Vujosevic.

Son sujet ? L’histoire et les théories de l’architecture russe des 19e et 20e siècles choisi notamment pour des raisons pratiques : « Aux Etats-Unis, où j’ai débuté mes recherches, il n’y avait pas de littérature sur l’architecture russe car peu de personnes parlent cette langue. On m’a proposé de combler ce manque. » De sa recherche elle fait un ouvrage, « Modernism and the making of the Soviet New Man »1, paru aux Manchester University Press au format pocket en janvier 2019.

Libérer et changer la société russe

La chercheuse y retrace l’ambition du modernisme de renverser le système capitaliste et ainsi libérer et faire progresser la société russe via l’architecture des bâtiments comme des objets du quotidien. « Une de mes premières questions a été de me demander ce qu’est l’architecture : est-ce que l’on peut donner la même importance à une chaise qu’à une ville ? » Son enquête débute dans le Moscou des années 1930 avec le projet de Vladimir Tatline, architecte russe, de produire des ailes pour faciliter la vie de ses concitoyens en leur permettant notamment de se rendre à leur travail en volant.

Le théâtre de Vsevolod Meyerhol, metteur en scène, qui travaillait sur le lien entre machine et mouvement est également étudié. Sans oublier l’utilisation de l’architecture pour permettre aux personnes de vivre de manière plus « efficace » à travers la création d’équipements évolutifs ou de cuisines compactes. Le plaisir n’est pas en reste avec les « Bania », ces bains publics, où les Russes se retrouvent pour se détendre. « Je suis allée les pratiquer à Moscou et Saint-Pétersbourg, leur architecture est destinée à montrer comment l’état peut rendre confortable la vie de son peuple. » Un des bains étudiés est de forme ronde, véritable réplique de l’univers dans l’esprit de communion prôné par le communisme.

Le projet de Vladimir Tatline, architecte russe,
était de produire des ailes pour permettre
aux gens d'aller travailler en volant.

Le métro, symbole de la puissance et de l’unité de l’Union soviétique

« J’ai également regardé comment les femmes participaient à l’architecture », souligne la chercheuse qui note que leur contribution se limite souvent à la décoration. Le plus grand monument de Moscou, le métro, symbole de la puissance et de l’unité de l’Union soviétique avec du marbre importé des différentes républiques qui la composent, fait lui aussi l’objet d’un chapitre.

En intégrant le laboratoire image, ville, environnement en tant que Fellows Usias en décembre 2018, Tijana Vujosevic décide de sortir de sa zone de confort en se lançant dans une nouvelle page de sa recherche. Après les hommes et l’architecture, place aux animaux dans l’architecture moderne et leur rapport à l’espace. Un sujet qu’elle souhaite aborder en s’ouvrant à une discipline qu’elle ne maitrise pas : la géographie. « L’idée de cartographie m’intéresse tout particulièrement. C’est un véritable challenge pour moi, je suis là pour apprendre ! »

Marion Riegert

1"Le modernisme et la fabrication du nouvel homme soviétique."