L'actualité de la recherche

Les saints font leur cinéma

04/07/2019

Situé au Centre diocésain de documentation (CEDIDOC), le petit boudoir du dernier étage a accueilli, entre septembre 2018 et avril 2019, un cycle de conférences sur quelques grandes figures du christianisme dans le 7e art. Organisées par Erik Pesenti-Rossi, professeur des universités, spécialiste en cinéma et membre de l’équipe de recherche Culture et histoire dans l'espace roman (CHER), chaque dernier jeudi du mois, ces conférences reviendront à la rentrée avec un nouveau programme.

Erik Pesenti-Rossi et Pascale Tochon préparent
un nouveau cycle de conférences. Photo VN

« Aborder la vie d’un saint de manière moins académique, plus accessible », tel est le but des conférences données par Erik Pesenti-Rossi au sein de la médiathèque du CEDIDOC. Ouvertes à tous, c’est pendant deux heures l’occasion d’échanger autour de différentes œuvres cinématographiques de fiction ou de documentaires, de porter à la fois un regard différent sur le cinéma et de (re)découvrir quelques grands films.

Toutes les conférences n’ont pas eu le même nombre de spectateurs. « À commencer par celle sur le pape Paul VI. Celui-ci est mal connu, il est vu comme quelqu’un d’austère. À son époque, l’Église a vécu une crise terrible, et Paul VI a été très exposé, mais avec le recul, on voit que ce fut un pape précurseur », explique le chercheur. « Jeanne d’Arc a suscité plus d’intérêt, elle a plus le profil d’une héroïne, comme on peut le voir dans le film éponyme de Luc Besson, sorti en 1999. »

Un symbole de la mort

« Côté méthode, lors des conférences, je présente d’abord le saint puis je projette et commente quelques extraits de film ; j’essaie de montrer comment la forme peut suggérer quelque chose de très fort », explique ce spécialiste en art cinématographique. « Par exemple, à la fin du film Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, les Moines de Tibhirine sont en file indienne sous la neige en train de s’éloigner, sans que la caméra ne bouge. On a l’impression de les perdre. Cette scène symbolise leur mort, car les circonstances dans lesquelles ils ont été tués restent mystérieuses. »

Erik Pesenti-Rossi précise que chaque réalisateur a sa propre culture, sensibilité et a ainsi une approche différente du saint. « On peut aborder la vie de sainte Thérèse de Lisieux de manière purement factuelle et “hagiographique”, mais on peut aussi essayer de transmettre l’esprit de la sainte, sa “petite voix” : c’est ce que fait Michel Pascal dans son film Histoire d’une âme, à travers un dépouillement extrême de la mise en scène. » Le public anime aussi le débat et l’enrichit par sa propre expérience. « Le témoignage d’une personne revenue d’un pèlerinage à Calcutta sur les traces de Mère Térésa a permis de mettre en perspective ce qu’il y avait dans les films et de quelle manière ils transmettent l’esprit des lieux. »

Et le public en redemande. Pour la prochaine rentrée, EriK Pesenti-Rossi, avec Pascale Tochon, responsable de la médiathèque, a concocté un programme tout aussi attractif autour de nouvelles thématiques sur la religion. Quelques idées émergent déjà :  parler du Christ à l’écran, des conversions et des communautés religieuses. Pourquoi pas, disséquer le film Sister Act ? Affaire à suivre.

Vanessa Narbonne