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Le site archéologique de Caričin Grad dévoile ses mystères

25/09/2019

Chaque été depuis 2013, Catherine Vanderheyde participe durant un mois à des fouilles archéologiques à Caričin Grad dans le sud de la Serbie. Le site abrite une ville de l’époque byzantine du 6e siècle après Jésus-Christ. Cette année, l’enseignante-chercheuse de l’unité mixte de recherche Archéologie et histoire ancienne : méditerranée – Europe, dirige pour la première fois ces fouilles initiées en 1978 dans le cadre d’une collaboration avec l’Institut archéologique de Belgrade.

Le site est situé dans le sud de la Serbie.
© J.Ph. Droux

Édifiée sur un éperon rocheux, en pleine campagne, culminant à 300 mètres d’altitude environ, la ville de Justiniana Prima aurait été fondée par l’empereur byzantin Justinien (527-565) près de son lieu de naissance « au beau milieu de nulle part… Ce qui en fait un site énigmatique car la ville ne se situe pas sur les routes importantes mais plutôt au centre d’un réseau de routes secondaires qui menaient à des mines d’argent », raconte Catherine Vanderheyde qui précise que le lieu est fouillé par les Serbes dès 1912.

Cette ville chrétienne disposait d’une alimentation en eau grâce à un aqueduc. Entre ses remparts qui encadrent un espace de 9 hectares, l’acropole abrite une basilique épiscopale et d’autres bâtiments liés à l’administration. En face, une grande place circulaire de 22 mètres de diamètre permet aux deux rues principales de se croiser rappelant l’urbanisme de Constantinople, capitale de l’empire byzantin. La ville est également caractérisée par son nombre d’églises aux plans variés : soit 6 déjà fouillées intra muros et deux autres repérées grâce à la prospection géoradar.

Un archevêché qui avait juridiction sur tout le diocèse de Dacie

Également sur place, le siège du commandement militaire. « D’après les textes, Justinien y aurait ordonné le déplacement du préfet du prétoire d’Orient situé à Thessalonique. » Un déplacement qui n’a jamais eu lieu laissant le pouvoir aux religieux. « La ville va devenir un archevêché qui avait juridiction sur tout le diocèse de Dacie. »

Pioche, pelle et truelle en main, depuis 2013 la chercheuse s’est attaquée avec ses étudiants, l’équipe serbe des archéologues dirigée par Vujadin Ivanišević et une vingtaine d’ouvriers au quartier nord de l’acropole. Le tout, avec le soutien de l’École française de Rome et du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères. « Cette année, nous avons terminé la fouille d’une pièce de 9 m² d’un complexe possédant des latrines. Peut-être la demeure de l’évêque… », souligne l’archéologue qui a eu le temps de débuter les fouilles d’une église de plan tétraconque, de 30 mètres de côté détectée grâce à une prospection géoradar.

Catherine Vanderheyde (2e rang, 5e à drte)
se rend chaque été sur le site.

« Avoir de la patience »

« Nous avons commencé par un décapage, c’est-à-dire enlever la couche d’humus pour voir ce qu’il y a en-dessous. » Et là, surprise : « Nous avons découvert des murs ultérieurs qui montrent que le tétraconque aurait été réoccupé après son abandon. » Un élément qui remet en cause les estimations des archéologues qui pensaient que la ville avait été abandonnée dès 615, date de la dernière monnaie trouvée sur place.

Pour poursuivre ses investigations, Catherine Vanderheyde devra attendre l’année prochaine. « Nous envisageons d’organiser une campagne un peu plus longue pour décaper toute la surface de l’édifice et comprendre les étapes de sa réoccupation. Nous avançons petit à petit, il faut avoir de la patience, mais l’important c’est que les fouilles se poursuivent… »

Marion Riegert

En images

 

Vidéo : © V. Zdravković, Mission archéologique franco-serbe de Caričin Grad

L’Institut d’art et d’archéologie du monde byzantin en bref

Important information

L’enseignement de l’art et de l’archéologie du monde byzantin débute dès 1872 à Strasbourg avec la fondation de l’université allemande. « Actuellement, l’Institut est le seul en France qui enseigne à la fois l’archéologie et l’histoire de l’art du monde byzantin, qui sont pour moi assez complémentaires pour comprendre cette civilisation peu enseignée dans le nord de l’Europe », souligne Catherine Vanderheyde, seule enseignant-chercheur de l’Institut qui compte également un doctorant. Arrivée en 2004, elle collabore aux fouilles en Serbie depuis 2013. En 2007, la chercheuse a également initié une étude des sculptures architecturales conservées sur le littoral bulgare. « Nous travaillons à un catalogue et sommes en train de développer, grâce à l’aide de la Direction des usages numériques de l'Université de Strasbourg, une base de données pour l’insérer en ligne ». A noter qu’une page facebook permet de suivre les principales activités de l’Institut, avis aux amateurs…