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Reconfigurations des universités françaises : quels enjeux ?

22/10/2019

Effets de la Loi organique relative aux lois de finances (Lolf) sur l’université, complexité des fusions d’un point de vue juridique, question des financements, précarisation… sont autant de thématiques abordées dans l’ouvrage collectif Les reconfigurations des universités françaises : entre influences internationales et particularismes nationaux. Le point avec Romuald Normand, chercheur au laboratoire Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe.

Romuald Normand est spécialiste des
politiques publiques d’éducation et du
nouveau management public. Photo DR

Il y a un an, Romuald Normand, spécialiste des politiques publiques d’éducation et du nouveau management public, est contacté par Fabrice Larat, rédacteur en chef de la Revue française d’administration publique, pour participer à la rédaction d’un de ses numéros. « Il m’a proposé de réfléchir aux nouvelles formes de gouvernance dans les universités françaises », explique le chercheur qui s’est notamment penché sur les transformations du travail académique en Europe.

Le tout, dans un contexte de création d’un espace européen de l’enseignement supérieur et de la recherche. Premier constat : ces évolutions touchent de plein fouet les enseignants-chercheurs soumis à une plus grande mobilité mais aussi à la concurrence de nouveaux producteurs de connaissances.

Une logique entrepreneuriale

« Le travail se fait de plus en plus en réseau dans une organisation multipartenariale. En plus d’appels à la créativité et à l’innovation c’est aussi une logique entrepreneuriale », détaille Romuald Normand qui note un passage d’un professionnalisme de métier à un professionnalisme de l’organisation. Partenaires, financeurs… « Les attentes se formalisent au-delà du service à la communauté scientifique. »

Autre constat : celui du développement de l’évaluation selon une obligation de résultats. Une thématique perçue de manière négative dans l’Hexagone. « Certains chercheurs acceptent d’être évalués pas leurs pairs dans une autonomie scientifique mais non par des acteurs extérieurs. » Avec en  arrière-fond, le développement des palmarès et classements internationaux de type Shanghai, pris comme baromètre de l’enseignement supérieur, obligeant les universités à se positionner en termes d’attractivité.

Démarche qualité et contractualisation

 « Des classements auxquels la France essaye de résister », détaille le chercheur qui a réalisé un entretien avec Alain Beretz, ancien président de l’Université de Strasbourg. « Je l’ai fait parler de sa vision de la fusion, de la gouvernance… Nous avons échangé sur la démarche qualité et sur l’importance prise par les classements. »

Le chercheur note également une transformation du pilotage des universités qui bénéficient de plus d’autonomie dans leur contractualisation avec l’Etat. Et ce à travers des contrats incitatifs de type Initiative d’excellence (Idex), Programme d'investissements d'avenir (PIA)… « Il y a une forme de mise en concurrence. » Alors quels enjeux pour l’université de demain ? « S’inscrire dans les territoires, se positionner dans l’espace européen, sans oublier le développement des coopérations transversales et l’interdisciplinarité. »

Marion Riegert

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