L'actualité de la recherche

Les néologismes dans le viseur du Logoscope

25/11/2019

Série 10 ans de recherche épisode 9. Deepfake, éco-anxiété, boboïsation, Brexit, flexitarien… Après quatre années de référencement lexical intensif, le financement du Logoscope, seul outil de détection des nouveaux mots du français, aux côtés de l’outil parisien Néoveille, a pris fin en 2017. En sommeil depuis, une subvention prévue pour 2020 et l’appui informatique de la Misha ouvrent de nouvelles perspectives à cette plateforme portée par Christophe Gérard et Delphine Bernhard.

Depuis sa création, le Logoscope a
permis de détecter 1 493 néologismes.
Photo MR

Son objectif ?

Depuis sa création en octobre 2014 grâce à un financement Idex de l’Unistra, le Logoscope a permis de détecter 1 493 néologismes. L’idée ? Proposer une base en accès libre recensant les mots nouveaux régulièrement créés dans la presse française et ainsi documenter l’évolution de notre langue. Outil d’aide à la recherche sociale et historique au départ destiné aux linguistes, le projet est finalement ouvert au grand public. « Par exemple, si un sociologue a un intérêt pour les conflits sociaux, il peut consulter les différentes apparitions médiatiques de mots thématiquement liés comme « anti-charlie », « dégagisme »… et à quel moment elles apparaissent », explique Christophe Gérard, chercheur au Lilpa (linguistique, langues, parole).

Comment ça marche ?

Un robot procède chaque jour à un référencement semi-automatisé des mots apparaissant dans la presse française, choisie car elle reflète l’actualité de l’évènement lié au mot. Au départ : La Croix, La Tribune, Le Figaro, Le Monde, L'Équipe, Libération et Les Échos pour s’ouvrir par la suite à Science et Vie, La Recherche et Le Huffington Post. À sa création, le Logoscope référençait tous les termes nouveaux même les hapax, sortes de mots d’esprit des journalistes dont 90 % ne seront jamais réutilisés. Rapidement, ces derniers ont été délaissés. Sont alors retenus uniquement les mots dont une nouvelle occurrence a été observée dans un autre contexte, c’est-à-dire un autre journal que celui de départ. Depuis 2017 le Logoscope s’est également associé au Wiktionnaire, un dictionnaire collaboratif en ligne. « Cette coopération prévoit que chaque mois nous leur donnions une liste de mots pour lesquels les contributeurs du Wiktionnaire choisissent ou non de proposer une définition accessible ensuite sur leur site. »

Quelques exemples ?

Nouvelles technologies, pratiques culinaires en vogue, mouvements sociaux inédits… différents néologismes, témoins d’une vie quotidienne en mutation permanente, sont recensés par le Logoscope. Le chercheur note notamment l’apparition en 2017 dans la presse quotidienne du pronom « iels » créé pour neutraliser l’opposition genrée entre « il » et « elle ». D’autres termes sont liés à un évènement précis comme les « sans-dents », employé par François Hollande pour désigner les nécessiteux. « Le grand défi dans ce cas étant la détection de la néologie sémantique, soit pouvoir distinguer le terme utilisé par Hollande des « sans dents », au sens anatomique du terme. »

2020, un nouveau départ ?

En 2020, le Logoscope, qui bénéfice déjà du soutien informatique de la Misha, devrait obtenir un nouveau financement. « Nous souhaitons reprendre l’organisation de la base de données pour proposer notamment une recherche multicritères. Sans oublier de changer le mode de détection des textes pour augmenter et varier le nombre de nos sources journalistiques. » Dans cette optique, le Logoscope pourrait migrer sur la plateforme Heurist, une base de données générique pour les sciences humaines et sociales.

Marion Riegert

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50 ans environ,

c’est le temps que met en moyenne un mot à entrer dans un dictionnaire conventionnel (Larousse, Petit Robert…), il faudra donc attendre un peu pour voir si les trouvailles du Logoscope peuvent y avoir leurs entrées.

10 ans de recherche à l’Université de Strasbourg

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L’Université de Strasbourg fête ses 10 ans. L’occasion de partir à la rencontre des chercheurs et ainsi mettre en lumière chaque mois une recherche ayant eu lieu entre 2009 et 2019. Voir comment ces dernières ont évolué à travers le temps débouchant parfois sur des impasses ou donnant lieu à de nouvelles découvertes. Retrouvez tous les articles de la série sur notre timeline.