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Des maladies hépatiques au Covid-19, cibler l’entrée dans l’hôte

27/04/2020

[Série] Regards croisés de chercheurs sur le Covid-19 : virologie. Thomas Baumert, directeur de l’Institut de recherche sur les maladies virales et hépatiques (unité Inserm 1110), a décidé de mettre à profit l’expertise de son laboratoire en la matière pour s’intéresser au Covid-19. Avec en ligne de mire, l'entrée virale comme cible thérapeutique.

Laura Heydmann, Charlotte Bach et
Florian Wrench font partie de l'équipe
de Thomas Baumert. Photos DR

« Les maladies hépatiques et le Covid-19 sont provoqués par des virus à ARN* qui partagent des mécanismes d’action », souligne en préambule Thomas Baumert. Dès le 16 mars, une poignée de chercheurs et techniciens expérimentés de son unité ont été mobilisés en laboratoire, épaulés par le reste de l’équipe en télétravail. Un changement d’orientation rendu possible par leur expertise dans le ciblage de l’entrée des virus à ARN dans la cellule, étape principale de l’infection.

Deux approches ont été retenues. « Les inhibiteurs de l’entrée virale peuvent contrôler ou guérir une infection virale, comme le Maroviroc dans le cas de l'infection par le VIH ou le myrcludex B pour le virus de l'hépatite D. Ainsi, dans un premier temps, nous cherchons à comprendre et identifier les facteurs cellulaires nécessaires à l’entrée du Covid-19 qui constituent une potentielle cible thérapeutique », précise Thomas Baumert qui évoque une mise en oeuvre rapide des projets grâce notamment à l’obtention d’un financement de l’Agence nationale de la recherche.

Travailler sur les anticorps neutralisants

Une approche de criblage à haut débit précédemment employée avec succès par l’équipe pour identifier des candidats antiviraux contre le virus de l'hépatite D sera utilisée. « L’idée est de trouver une molécule déjà testée pour d’autres pathologies et de la repositionner. Si nous découvrons autre chose, nous ne sommes pas fermés, mais cela prendra plus de temps à être développé », souligne Catherine Schuster, directrice adjointe de l’unité.

Détection de la protéine Spike du SRAS-Cov-2
avec un sérum de patients guéris du Covid-19.
Image UMR_S1110 Laura Heydmann

Deuxième objectif : Travailler sur les anticorps monoclonaux neutralisants à large spectre produits par les cellules à l’aide notamment de sérum de patients guéris. Un travail réalisé en étroite collaboration avec les médecins du Nouvel hopital civil, des Hôpitaux universitaires et de l’Etablissement Français du Sang (EFS) de Strasbourg. « Nous sommes encore à la paillasse mais la partie sur les anticorps pourrait aller vite avec des tests sur les patients d’ici 18 mois. Le Covid-19 va être un problème pour les années à venir, c’est important d’être préparé », conclut Thomas Baumert.

Marion Riegert

*L'acide ribonucléique (ARN) est un acide nucléique présent chez pratiquement tous les êtres vivants, et aussi chez certains virus. Il est très proche chimiquement de l'ADN.

Un revêtement antiviral pour les surfaces et les personnes

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Autre projet en lien avec le Covid-19 pour l’unité de Thomas Baumert : une collaboration portée par Catherine Schuster avec l’unité Inserm 1121 en vue de développer un système de protection antivirale applicable à diverses surfaces de dispositifs médicaux et aux personnes notamment en milieu hospitalier pour limiter la transmission du virus ou le développement de l’épidémie.

Regards croisés de chercheurs sur le Covid-19

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Psychologie, éthique, économie, histoire, virologie… nous sommes partis à la rencontre de chercheurs de différents domaines de l’Université de Strasbourg pour apporter un éclairage sur la crise du coronavirus.