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Election présidentielle américaine, quand les musiciens s'en mêlent

19/11/2020

Spécialiste des rapports entre musique, politique, nationalisme et citoyenneté, Elsa Grassy, chercheuse au laboratoire Savoirs dans l'espace anglophone : représentations, culture, histoire (Search), revient sur la participation inédite des musiciens à l’élection présidentielle américaine.

Elsa Grassy s'intéresse à la musique
comme support d’un sentiment national.
Photo DR

L’incursion de la musique dans les campagnes présidentielles date du 19e siècle, mais en 2004 un engagement différent des musiciens apparait lors du duel qui oppose George W. Bush à John Kerry. « A l’époque Puff Daddy crée une association pour encourager les Américains à s’inscrire sur les listes électorales. » En 2008, la tendance se poursuit lors de l’élection de Barack Obama avec des chansons comme « Yes we can » de Will.i.am ou « My President » de Young Jeezy. « En 2016, Hilary Clinton ne suscite pas autant l’enthousiasme, il y a une lassitude du monde du hip-hop déçu notamment par Barack Obama. »

2020 marque le retour de l’engagement des musiciens, quel que soit le style, en faveur du parti démocrate à un niveau jamais observé auparavant. Non seulement du côté des commentaires à travers des chansons engagées. Mais aussi à travers l’implication des musiciens eux-mêmes. Stevie Wonder réalise ainsi deux vidéos sur YouTube expliquant l’importance de voter.

Donald Trump délaissé par les vedettes

Jon Batiste descend dans les rues de  New-York pour proposer des « émeutes d’amour » (Love riots) pendant les manifestations dénonçant les violences policières et la mort de Georges Floyd. Il y joue notamment différentes versions d’hymnes américains officiels et officieux en leur donnant des caractéristiques blues et jazz. Du côté plus officiel, Bruce Springsteen et Regina Spektor figurent dans des clips pro-Biden.

Donald Trump, lui, n’est pas soutenu des vedettes. « De nombreux musiciens ont demandé à ce qu’il n’utilise pas leurs chansons pour sa campagne. » Un délaissement qui s’explique notamment par l’électorat républicain. « Contrairement à l’électoral démocrate composé du monde de la culture et de jeunes, auprès desquels les artistes ont plus d’écho, chez les républicains, être associé à des stars n’est pas bien vu. Un clip de John McCain anti-Obama le présentait ainsi en 2008 comme le candidat de Paris Hilton et Britney Spears. » Même s’il est difficile de déterminer si l’implication des musiciens a eu un impact déterminant sur les votes, « ce fut toutefois un facteur pour dynamiser la campagne démocrate », conclut la chercheuse.

Marion Riegert

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Après une thèse sur les liens entre musique et géographie aux Etats-Unis, Elsa Grassy s’intéresse à la musique comme support d’un sentiment national. Son dernier sujet de recherche porte plus spécifiquement sur la définition et la construction d'une musique « américaine » aux Etats-Unis et sur l'expression de la citoyenneté afro-américaine dans les musiques populaires. « Ce qui s’est imposé comme musique américaine, c’est la musique afro-américaine : surtout le jazz, qui est considéré comme faisant partie du patrimoine national », explique la chercheuse et ce alors même que les musiciens afro-américains ont longtemps été des citoyens « de deuxième classe. L’écart entre la participation essentielle des afro-américains à la culture américaine et leur place dans la société est flagrant. »