« Au fur et à mesure que l’Etat grec se forme, l’archéologie grecque naît »

17/03/2021

A travers 27 panneaux et 8 vitrines, du 19 mars au 16 avril à la Maison interuniversitaire des sciences de l’Homme - Alsace (Misha), l’exposition « À l'aube de l'archéologie grecque » plongera le visiteur dans la première moitié du 19e siècle marquée par la guerre d’indépendance des Grecs. Période durant laquelle sont nés les prémices des méthodes scientifiques de l’archéologie moderne. Le point en quelques dates clés.

« Nous tenions à célébrer le bicentenaire du début de l’insurrection du peuple grec contre l’Empire ottoman à partir du 25 mars 1821 », souligne en préambule Daniela Lefèvre-Novaro, enseignante-chercheuse au sein de l’unité mixte de recherche Archéologie et histoire ancienne : Méditerranée – Europe (Archimède) et commissaire de l’exposition, qui décide pour ce faire d’analyser les débuts de l’archéologie grecque et du philhellénisme. « Au fur et à mesure que l’Etat grec se forme, l’archéologie grecque naît. »

1801 -1813 : Les pionniers de l’archéologie grecque

Dès 1801, les marbres de l’Acropole d’Athènes quittent la Grèce avec l’autorisation des autorités ottomanes. « A cette époque, l’archéologie n’était pas encore née, c’était la pratique antiquaire qui dominait. Des Européens venaient en Grèce chercher et acheter des objets d’exception, des statues essentiellement vendues au prix correspondant à celui du marbre destiné aux fours à chaux. »  Une période compliquée pour les archéologues qui voyagent en Grèce. « Les routes ne sont pas entretenues, il y a des problèmes d’insalubrité, une grande partie de la Grèce étant en proie à la malaria, mais aussi de sécurité avec pirates et brigands. »

En 1811, l’Anglais Charles Robert Cockerell, l’Allemand Karl Haller von Hallerstein et le Germano -Balte Otto Magnus von Stackelberg fondent un des plus anciens cercles philhellène, selon certains spécialistes la première association internationale d’archéologues. Passionnés par la culture grecque, ils lisent les textes grecs et se fondent sur les poèmes homériques pour retrouver les sites antiques. Au printemps 1811, ils avaient déjà participé à la découverte du temple d’Aphaïa sur l’île d’Egine dont ils achètent les statues aux villageois de l’île. Elles sont aujourd’hui exposées la Glyptothèque de Munich.

En 1812, ils participent à la fouille du temple Epikourios, un temple isolé à plus de 1 000 mètres d’altitude à Bassae dont la frise est finalement achetée par le British Museum. « Pendant leurs fouilles, ils découvrent des céramiques et des éléments architecturaux. Karl Haller von Hallerstein fait notamment dans un carnet des dessins des blocs, prend des mesures, montrant qu’il commence à se rendre compte de l’importance du contexte, un élément aujourd’hui essentiel en archéologie. »

1830 – 1870 : À la rencontre du patrimoine grec

Après 10 ans de guerre et la naissance de l’Etat grec en 1830, les Grecs prennent rapidement conscience de l’importance de leur patrimoine. « A l’image de Ioannis Makriyannis, fils de berger, héros de l’indépendance, qui raconte dans ses mémoires qu’il a empêché ses soldats de vendre des statues à des Européens leur expliquant que c’est pour ça qu’ils ont combattu. » Dès 1834, une loi de protection du patrimoine culturel est votée et en 1837, la société archéologique d’Athènes est mise en place pour promouvoir et protéger le patrimoine grec.

En 1839, l’invention du daguerréotype, l’ancêtre de l’appareil photo révolutionne l’archéologie. Utilisé essentiellement à partir des années 60 sur le terrain, il marque la naissance de l’archéologie scientifique remplaçant croquis et autres dessins. En 1846, l’École française d’Athènes est fondée, « dont le but originel est le perfectionnement pour l'étude de la langue, de l'histoire et des antiquités grecques. » Les premières véritables fouilles d’envergure dans le monde égéen ont lieu en 1870, ce sont celles d’Heinrich Schliemann. 

Marion Riegert

L'exposition en images

À travers l’exposition participative « À l’aube de l’archéologie grecque » et une série d’évènements organisés à la Misha (conférences, visites guidées, publication du catalogue en open-acces...), les enseignants-chercheurs et les étudiants de l’Université de Strasbourg, de l’Université de Haute-Alsace, en partenariat avec la Bibliothèque nationale et universitaire (BNU) et la Misha s’associent pour présenter au grand public des thématiques fédératrices autour des débuts de l’archéologie grecque et du philhellénisme. L’esprit qui unit tous ces acteurs encore aujourd’hui et qui est né au cours du 19e siècle.

L’exposition, du 19 mars au 16 avril, salle Europe, permettra de présenter à travers 8 vitrines des objets antiques des collections du musée Adolf Michaelis, de la BNU ainsi que des livres anciens retraçant les premières publications des archéologues. Par exemple, l’Expédition de Morée (1828-1833), outre l’aide qu’elle a fourni aux Grecs dans leur quête d’indépendance, a aussi permis à 17 scientifiques (botanistes, géologues, archéologues, etc.) d’étudier le Péloponnèse selon le modèle de l’Expédition d’Égypte voulu par Napoléon.

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