Comprendre l’émergence d’homo sapiens en Asie du Sud-Est

19/11/2021

Jean-Luc Ponche, chercheur au Laboratoire image, ville, environnement (Live), a participé à une étude parue dans Scientific Reports portant sur l’utilisation de différents paramètres pour explorer l’arrivée, les environnements et les adaptations d’homo sapiens en Asie du Sud-Est.

« Nous essayons de comprendre ce qui favorise l’émergence d’homo sapiens dans cette région dont les sites de fouilles sont situés principalement sur la montagne de Pà Hang dans une réserve naturelle au Nord-Est du Laos. Et ce à travers notamment l’analyse de dents de différents animaux trouvées sur place qui permettent de reconstituer les faunes locales passées et leur contexte environnemental », souligne Jean-Luc Ponche, physico-chimiste formé à la géologie par son collègue Philippe Duringer aujourd’hui retraité.

Au sein d’une équipe pluridisciplinaire composée de chercheurs de l’Institut Max-Planck (Leipzig), d’anthropologues, de botanistes et d’archéologues laotiens, le chercheur et ses collègues strasbourgeois ont plusieurs rôles : « un premier d’exploration. Nous partons à la découverte d’autres sites intéressants. » Des expéditions pas toujours faciles en pleine jungle de montagne avec retour impératif au camp de base au crépuscule, moment où les tigres commencent à sortir chasser… Deuxième rôle : trouver et échantillonner les dépôts sédimentaires dans les massifs karstiques calcaires et enfin décrire et renseigner précisément le contexte géologique sédimentaire des sites de fouille.

Un régime de bananes….

Des expéditions qui demandent aussi certaines compétences en spéléologie. « Parfois, il est nécessaire d’aller dans des grottes, sous terre », raconte le chercheur qui ne quitte jamais son sac composé d’un carnet de terrain, d’un pointeur laser, d’un GPS, d’une machette... sans oublier de l’eau et un régime de bananes pour des expéditions sur la journée. « C’est souvent dur mais le soir, on est content du travail réalisé ! »

Sur place, nous prélevons des échantillons avant de les analyser avec les archéologues pour décider de procéder à des sondages plus conséquents voire des fouilles. Seules 10% des explorations se révèlent intéressantes. « Mon rôle est aussi d’effectuer de la cartographie souterraine, nous devons passer de nombreuses heures à tout mesurer pour réaliser les plans des sites. Ces plans permettent ensuite de replacer le matériel archéologique dans les différentes couches afin d’essayer de comprendre comment les objets sont arrivés là. »

Une dent de l’homme de Denisova

Découvert dans les années 1930 par un géologue français, puis abandonné et perdu suite aux guerres, le site principal de la montagne de Pà Hang a livré de nombreux trésors depuis sa redécouverte au début des années 2000. Par une succession de hasards, les chercheurs découvrent en 2009 dans une grotte un crâne appartenant à une jeune femme âgée de quelque 50 000 à 60 000 ans. « C’est la première fois qu’un homo sapiens aussi vieux est trouvé en Asie du Sud-Est. » Les années suivantes, d’autres morceaux de squelettes sont mis au jour. « Plus on descend, plus les ossements sont anciens, on arrive à plus de 80 000 ans. »

Au pied de l‘escarpement de la montagne, l’abri sous roche de Tam Hang dévoile tous les ans des outils de pierre taillée datés jusqu’à 13 000 ans. Dans une autre encore, des milliers de dents de faunes de toutes espèces y compris d’éléphants sont extraites. « Un gisement d’une richesse exceptionnelle qui permet d’avoir une reconstitution plus fidèle. » Plus récemment, les chercheurs découvrent une dent dans une brèche qui appartient à un homme de Denisova. Des découvertes à laquelle la crise sanitaire a mis fin. Mais Jean-Luc Ponche ne désespère pas de repartir pour continuer ces travaux. « Mon souhait serait de pouvoir former un étudiant pour plus tard prendre ma relève, à condition de trouver des financements qui me le permettent »

Marion Riegert

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