De Vlad Țepeș au mythe de Dracula

15/12/2021

Affiches de films, ouvrages historiques, représentation du château de Dracula… différents documents ont pris place dans la bibliothèque des langues le temps d’une exposition intitulée « De Vlad Țepeș à Dracula ». L’occasion de revenir sur l’histoire de ce personnage à l’origine du mythe du plus célèbre des vampires avec Ana-Maria Gîrleanu-Guichard, directrice du Département d’études roumaines et organisatrice de l’exposition au côté de Szilvia Szita, directrice du Département d’études hongroises.

Il était 15e prince de Valachie, un des trois petits pays avec la Moldavie et la Transylvanie à être situé à l’emplacement de l’actuelle Roumanie, entre l’Empire ottoman et la couronne de Hongrie. « Autonomes mais pas indépendantes, la Valachie et la Moldavie se trouvaient alors sous la domination du sultan d’Istanbul. Ce dernier pour s’assurer de la fidélité des princes régnants élevait leurs enfants à sa cour où il les retenait en otage », souligne Ana-Maria Gîrleanu-Guichard. C’est là que le jeune Vlad Țepeș apprend comment diriger le pays de manière autoritaire, le sultan ayant droit de vie et de mort sur tous ses sujets.

Une fois sur le trône de Valachie, le prince souhaite imposer ce type de pouvoir par la terreur. À l’aide notamment de la terrible punition de l’empalement apprise à Istanbul et appliquée à large échelle. Une technique qui lui valut son surnom de Vlad l’Empaleur. Le prince règne à deux reprises durant le 15e siècle et remporte quelques victoires contre l’Empire ottoman avant d’être tué sur ordre du sultan avec pour consigne de rapporter son scalp.

Un fou sanguinaire

Reconnu en son pays pour avoir notamment essayé d’instaurer une sorte de justice, le prince est diabolisé en Hongrie. Une diabolisation due à Mathias Corvin Iᵉʳ, roi de Hongrie, qui le dépeint comme sanguinaire et fou vers la fin de sa vie. « Ils avaient une relation qui changeait en fonction de leurs intérêts politiques », précise Szilvia Szita. « C’est la première fois que l’on observe une propagande d’État », ajoute Ana-Maria Gîrleanu-Guichard

Le récit de sa vie se propage grâce à l’imprimerie à travers différentes versions à la frontière entre histoire et littérature. « Les écrits diffusés dès 1463, en Europe centrale, germanophone, présentent Vlad Țepeș comme un tyran absolu, un scélérat pire que Néron et Dioclétien, alors que les textes circulants dans l’aire des Balkans et de la Russie moscovite en font un grand souverain qui a su s’imposer devant les Ottomans, en inspirant la « groza », la crainte révérencieuse. »

La construction d’un mythe

Au 19e siècle, il est reconnu par les Roumains lors de la constitution d’une identité nationale. « Il y est alors considéré comme un héros, beaucoup de rues portent son nom. » C’est à cette période, marquée par le roman gothique, que son histoire arrive aux oreilles de Bram Stoker, écrivain irlandais, par l’intermédiaire du voyageur et géographe orientaliste hongrois Ármin Vámbéry.

Mêlant histoire et mythes et légendes notamment de Roumanie, l’écrivain fait de Vlad Țepeș Dracula. En référence à « Drăculea », « fils du dragon » en ancien roumain, surnom donné à Vlad Țepeș en raison de son appartenance à l’ordre du Dragon. Dragon qui figure sur le blason familial. « En Roumain « drac » signifie également le diable », note la chercheuse. Bram Stoker place son intrigue en Transylvanie, pays dans lequel est né Vlad Țepeș alors que son père y est réfugié.

Marion Riegert

Sur les traces de Dracula

« L’idée de l’exposition, montée avec des étudiants, est de valoriser à travers un sujet commun deux fonds hébergés à la bibliothèque des langues depuis deux ans : le roumain et le hongrois », souligne Maria Rentz, bibliothécaire. À travers des visuels notamment réalisés par les illustratrices Olga Chilat et Marguerite Macel, elle retrace l’histoire de Vlad Țepeș, sans oublier une partie traditions et croyances folkloriques roumaines avec des personnages fantastiques datant d’avant la naissance du mythe de Dracula. « Notre idée était ainsi de montrer à travers cette exposition comment le mythe s’est construit, comment les textes ont voyagé au fil du temps et ont été différemment interprétés en fonction des divers contextes culturels et politiques. C’est un processus complexe et passionnant, un vrai ‘cas d’école’ dans le domaine des transferts culturels », conclut Ana-Maria Gîrleanu-Guichard qui souligne l’investissement des étudiants dans l’exposition. « Ce qui est pour eux une excellente initiation à la recherche ! »

  • L’exposition est visible jusqu’au 7 janvier à la bibliothèque des langues.
  • Pour aller plus loin sur le sujet, retrouvez le City break de William, véritable guide de voyage de quatre jours sur les traces de Dracula en Roumanie et le film de l’exposition (ci-dessous) « Dracula, l'immortel de service » réalisé par William Hanauer, Nora Mărcean, Marin Lambert et Jane Megel.

« Dracula, l'immortel de service »

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