Des bienfaits du jeu libre et de la nature dans l’éducation du jeune enfant

15/09/2021

A travers une thèse Cifre, Gillian Cante, chercheuse au sein de l’unité de recherche Sport et sciences sociales, s’intéresse à la place du jeu libre et sensoriel dans la nature comme enjeu de santé et d’éducation à l’environnement du jeune enfant. Et ce à travers une mise en regard des politiques publiques de la petite enfance en France et au Québec.

« En France, les personnes habitant en ville sont beaucoup en intérieur, il y a une grosse pression sur l’hygiène. J’avais une grande envie de mettre l’enfant plus en contact avec la nature », raconte Gillian Cante qui décide de fonder une crèche parentale il y a une dizaine d’années. En 2015, la chercheuse participe à des activités de l'Académie de la petite enfance à Strasbourg. « Ils m’ont proposé de faire une recherche sur les pratiques et politiques dans la petite enfance et leur rapport avec le développement durable et la pédagogie par la nature. »

Une recherche qui lui ouvre de nouvelles perspectives et génère pour elle beaucoup de questions : Comment donner de l’importance à la place de la nature en lien avec la petite enfance, face à une inquiétude croissante vis à vis du monde extérieur, avec le changement climatique, les attentats… sans parler de la Covid-19 ? « Chaque rencontre, chaque lecture me posait plus de questions. Nous manquons de littérature en France sur le jeu libre et la nature. J’avais envie de savoir si l'on pouvait démontrer l’intérêt de cette pratique pour l’enfant, est-ce qu’elle est valable ou est-ce que c’est juste un souhait parce j’ai grandi dehors ? »

« Est-ce que le politique suivra ? »

Ces interrogations en tête, Gillian Cante rencontre Iris Chabrier-Trinkler, chercheuse au sein de l’unité de recherche Sport et sciences sociales, qui lui conseille d’en faire une thèse pour laquelle elle bénéficie d’un contrat Cifre au sein de l’école d’éducateurs de jeunes enfants l’Ediac formations. « Les bienfaits de la nature sur l’enfant sont déjà bien démontrés. La question est de savoir si les professionnels de la petite enfance ont l'envie et les possibilités de s’y ouvrir ? Est-ce que le jeu libre en extérieur et l’exploration sensorielle de la nature est compatible avec la conception même de la France de la bonne éducation de l'enfant ? D’une manière plus large, comment les politiques publiques de la petite enfance peuvent-elles être les freins ou les leviers dans les objectifs du développement durable? »

Sa méthode est basée sur l’analyse d’articles et des entretiens prévus en deuxième année. « La petite enfance est subventionnée à 66% par l’état, je pense que les projets tournés vers la nature ne sont pas à porter que par les structures dîtes alternatives mais c’est le rôle du politique. C’est pourquoi je vais commencer par enquêter auprès des décideurs et influenceurs politiques pour voir quelle place ils donnent dans leurs décisions à l’information scientifique, est-ce qu’ils initient des études, comment se structurent les rapports... »

Deux mois au Québec

Une recherche pour laquelle la chercheuse souhaite rester vigilante. « Je dois faire attention car avant j’avais une posture militante, là je souhaite vraiment interroger le sujet, le confronter à la réalité de la complexité de la petite enfance qui est décortiquée entre plusieurs structures administratives. Une structuration qui rend difficile le changement des pratiques. »

L’étude se fait en comparaison avec le Québec. « Dans la petite enfance, les politiques y semblent plus ouvertes, centrées vers la qualité, avec un encouragement à se tourner vers la nature », raconte Gillian Cante qui passera deux mois là-bas l’été prochain pour étudier le fonctionnement québecois de plus près.

Marion Riegert

La cité des bébés

Cet été, la Cité des sciences et de l'industrie a créé le Lab de la cité des bébés. Un espace réservé aux enfants de la naissance à moins de 2 ans, accompagnés d'un adulte pour la mise en place duquel Gillian Cante a été contactée. « Ils avaient vu que les enfants de moins de deux ans restaient coincés dans les bras de leurs parents, l’équipe a ainsi souhaité créer un terrain dédié à leurs besoins. Ils m’ont également invitée à participer à leur comité d’experts scientifiques autour du sujet l’enfant et la nature avec d’autres chercheurs. On se retrouvera quatre fois dans l’année pour en parler. »

Le dispositif cifre (conventions industrielles de formation par la recherche) permet à l'entreprise de bénéficier d'une aide financière pour recruter un jeune doctorant en CDD ou en CDI dont les travaux de recherche, encadrés par un laboratoire public de recherche, conduiront à la soutenance d'une thèse. Pour ce faire, l’entreprise reçoit pendant 3 ans de l'Association nationale de la recherche et de la technologie (ANRT), au nom de l'Etat, une subvention annuelle de 14 000 euros.

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