Étude du sauvetage de la cathédrale de Strasbourg

09/02/2022

Strasbourg a été un véritable laboratoire architectural, où des influences allemandes et françaises se sont croisées. Dans un contexte culturelle et technique, le projet interdisciplinaire « Engineering Nationality, Johann Knauth (1864-1924) et le sauvetage de la cathédrale de Strasbourg » met en lumière les échanges et les acteurs de cette période, en prenant comme point de départ un challenge technique que bien peu de Strasbourgeois connaissent.

Aujourd’hui, seule une plaque posée en 2015 sur le bâtiment de la Poste, en face de la cathédrale rappelle le rôle crucial joué par Johann Knauth (1864-1924), pour empêcher la fissuration du pilier nord, qui supporte la flèche. « Il existe beaucoup de recherches concernant l’époque gothique de la cathédrale mais peu sur cette période », explique Christiane Weber, professeure d’histoire de la construction à l’Université d’Innsbruck en Autriche qui précise que le projet permettra de connaître d’autres acteurs qui ont marqué l’architecture strasbourgeoise et les processus de patrimonialisation dans le contexte spécifique de la ville. A l’image de Fritz Beblo, architecte au service de la municipalité, ou Ernst Poleczek, universitaire et directeur du Musée des arts décoratifs.

Tout commence en 1903, lors de la découverte de la fissure. « En 1902, à Venise, le Campanile s’est effondré, les Alsaciens ont peur que la même catastrophe se produise », souligne Christiane Weber. L’architecte en chef de la cathédrale, Johann Knauth, effectue alors des fouilles archéologiques sous le pilier, c’est là qu’il remarque que les fondations sont détruites.

L’utilisation du béton

Les travaux débutent en 1906. Ils permettent aux savoir-faire techniques allemands et français de se rencontrer. « Johann Knauth opte pour une technique inventée par un ingénieur français, Hennebique, avec l’utilisation du béton. Ce qui n’est pas neutre quand on sait qu’à Strasbourg, les Allemands essayent de montrer l’excellence de leurs savoir-faire », précise Christiane Weber. Le chantier n’est mené à terme que vingt ans plus tard en 1926, sous drapeau français, alors que Knauth, après avoir été expulsé en tant que citoyen allemand, est décédé deux ans plus tôt.

Cette fin tragique ne doit pas empêcher de voir en Knauth un médiateur hors pair. « Il a insisté pour qu’une commission à la fois allemande et française supervise les travaux de réfection de la bibliothèque du Palais des Rohan. Il est aussi un des créateurs de l’Association des amis de la cathédrale de Strasbourg, qui joue un rôle important en tant que pôle de réflexion jusqu’à aujourd’hui », rapporte Alexandre Kostka, professeur d’histoire culturelle européenne au laboratoire Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe.

Un travail mené depuis une dizaine d’années

Autre objectif de l’étude : rendre public le « cahier de chantier » qui permet de suivre le détail des opérations sur plus de vingt ans. La transcription de l’Allemand gothique est déjà achevée, reste à le traduire en allemand et en français. « Certains ont critiqué les travaux disant qu’ils n’étaient pas nécessaires, d’autres évoquent les problèmes qu’ils pourraient engendrer en cas de choc sismique. Grâce à ce cahier, lors des futures restaurations du pilier, les collègues peuvent savoir ce qui s’est fait », glisse Christiane Weber. Pour leurs travaux, les chercheurs disposent des originaux conservés dans les archives de l’œuvre-Notre-Dame de Strasbourg, qu’ils vont croiser avec les documents des archives départementales et municipales.

Le projet est l’aboutissement d’un travail commun mené depuis une dizaine d’années par Christiane Weber et Alexandre Kostka. Cofinancé pour une durée de trois ans (2020 à 2023) par l’Agence nationale de la recherche et son équivalent autrichien, il profite du partenariat étroit avec l’Œuvre Notre-Dame et le laboratoire Arts, civilisations, histoire de l'Europe de l’Université de Strasbourg. Il fera également appel aux compétences des écoles d’architecture strasbourgeoises. « Avec leur aide, nous souhaitons notamment faire une modélisation pour voir ce qui se serait passé si la cathédrale n’avait pas été réparée », conclut Christiane Weber.

Marion Riegert

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