Haruki Murakami : "conteur pour adultes"

09/03/2018

Dans le Japon des années 70, il y a deux écrivains qui signent du nom de Murakami. Ryu Murakami, chroniqueur d’un Japon violent, pessimiste et chaotique. En 1976, il obtient le Prix Akutagawa (équivalent du prix Goncourt au Japon) et accède à une certaine renommée. Mais à l’étranger, son lectorat reste très minoritaire. L’ « autre Murakami », plus discret, est aussi plus tardif dans son accession à la reconnaissance. Aujourd’hui, il est l’auteur japonais le plus lu et le plus traduit au monde.

La recette de son succès ? Pour Antonin Bechler, maître de conférences en études japonaises à la Faculté des langues, l’explication est à chercher dans les thèmes abordés par l’écrivain, tous universels. « Ce que fait Murakami finalement, c’est du conte pour enfants… mais pour adultes. C’est la clé de son succès. Ses romans sont construits sur une structure proche de celle du conte, il met en scène des phénomènes psychologiques fondamentaux à travers une intrigue et des images poétiques. C’est cette mise en scène qui a permis à un public si large de s’identifier à ses personnages et ses récits. » Par exemple : dans Kafka sur le rivage, le texte s’inspire du mythe d’Œdipe. C’est le récit initiatique d’un jeune homme qui quitte son environnement d’origine et y reviendra, devenu adulte, après sa traversée d’étranges limbes fantastiques.

Une écriture marquée par les catastrophes

Pour ceux qui étudient l’œuvre d’Haruki Murakami, il y a un avant et après 1995. Cette année là, le Japon est marqué par le séisme de Kobé et l’attaque terroriste au gaz sarin dans le métro de Tokyo. Pour Antonin Bechler : « il a une sorte de prise de conscience de sa responsabilité de romancier de réagir aux cassures dans sa société d’origine. Il commence donc à s’exprimer sur une évolution nécessaire dans son œuvre qui passerait du « détachement à l’engagement » (« detachment to commitment » en anglais, langue dans laquelle l’a exprimé Murakami).

Cela se traduit par une nouvelle manière d’être de ses personnages. Avant, ils étaient détachés de leur environnement social, très en retrait voire presque au-dessus de cette société japonaise post-moderne. Mais à partir des années 90, ses personnages doivent systématiquement retrouver quelque chose qui a été perdu, recoller quelque chose qui a été brisé. » Pour le chercheur, cette analyse est intéressante à mettre en écho aujourd’hui avec le Japon post-Fukushima.

40 ans de carrière à l’étude

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Cette évolution stylistique sera discutée lors du colloque du 15 et 16 mars, parmi d’autres sujets divisés en deux lignes principales. Une partie des interventions sera concentrée sur la littérature de Murakami elle-même : son œuvre, sa place dans la littérature japonaise contemporaine et ses grands thèmes de prédilection. Lors du deuxième volet du colloque qui aura lieu à Paris le 17 mars, les chercheurs discuteront de la dimension visuelle de son œuvre. Dans sa jeunesse, Murakami est passé par la faculté des arts et envisagé de devenir scénariste. Si son choix s’est finalement tourné vers la littérature, son œuvre reste très influencée par le cinéma et la culture populaire en général.

Cette année, le hasard a voulu que deux colloques soient organisés le même mois sur Murakami. L’occasion de se pencher sur son dernier roman, Killing Commendatore, dont la publication en France est prévue pour cet automne.

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