Jean-Pierre Sauvage, orfèvre de la chimie et créateur d’engouement

07/12/2016

A Stockholm ce samedi 10 décembre 2016 2016, Jean-Pierre Sauvage a reçu son prix Nobel de chimie des mains du roi de Suède. Depuis une vingtaine d’années, grâce à ses travaux pionniers sur les machines moléculaires, les chimistes ont appris à envisager les molécules sous un jour nouveau : des architectures pouvant être animées de mouvements contrôlés. Un engouement qui ne se dément pas à Strasbourg, notamment parmi ses anciens étudiants, aujourd’hui chercheurs accomplis…

« En travaillant avec Jean-Pierre, j’ai acquis ce goût des belles molécules, de l’exigence scientifique et l’envie de créer des objets complexes », raconte Valérie Heitz qui a réalisé sa thèse sous la direction de Jean-Pierre Sauvage, prix Nobel de chimie 2016. Aujourd’hui directrice du Laboratoire de synthèse des assemblages moléculaires multifonctionnels qu’elle a créé, elle mène, parmi d’autres axes d’études, des travaux de recherche dans le domaine des machines moléculaires au sens large. « En fait, on développe des cages moléculaires flexibles, précise-t-elle. En réponse à un stimulus externe, l’idée est de contrôler la taille de leur cavité pour passer d’une conformation fermée à une conformation ouverte. » Si le défi scientifique de Jean-Pierre Sauvage a été, initialement, d’apprendre « à parler aux molécules » pour contrôler leurs mouvements, celui de Valérie Heitz est plutôt d’associer des fonctions aux mouvements moléculaires. « On cherche à développer une cage moléculaire capable d’assumer un rôle de catalyseur, c’est-à-dire une cage qui, par son ouverture ou sa fermeture, permette de contrôler la réactivité de molécules. »

« On cite toujours Jean-Pierre dans nos articles ! »

Les cages moléculaires que forgent Valérie Heitz et son équipe sont bien différentes des caténanes et des rotaxanes, ces molécules à anneaux entrelacés qui ont valu le prix Nobel à Jean-Pierre Sauvage. « Je n’en fais plus non plus », reconnaît Jean Weiss, responsable de l’équipe Chimie des ligands à architecture contrôlée. Malgré tout, l’ancien doctorant de Jean-Pierre Sauvage ne renie pas une certaine filiation scientifique avec son illustre directeur de thèse. « Mettre des molécules en mouvement ou parvenir à les faire changer de forme sous l’influence d’un stimulus photochimique ou électrochimique reste un de nos objectifs, explique-t-il. D’ailleurs, on cite toujours les travaux de Jean-Pierre dans nos articles ! » Le chimiste et son équipe développent des stratégies pour contrôler l’association de molécules avec des surfaces. « On essaye de programmer l’interaction avec la surface dans le design des molécules. L’idée est de parvenir à les assembler selon une configuration prédéfinie en fils ou en réseaux. » Un concept qui pourrait conduire à l’émergence de nouveaux nanomatériaux.

« Ça sert à quoi ? »

 « Quand j’ai fait ma thèse avec Jean-Pierre en 1994, c’était le tout début des machines moléculaires, se remémore Jean-François Nierengarten, directeur du Laboratoire de chimie des matériaux moléculaire. Elle se résumait à un défi : synthétiser un nœud moléculaire.  J’ai le souvenir d’avoir présenté mes travaux de thèse devant une assemblée d’étudiants et de chercheurs issus de la chimie organique classique qui m’ont demandé, sceptiques : "Mais à quoi ça sert ?" » On connaît la suite… En élaborant des molécules entrelacées sophistiquées puis en les mettant en mouvement, Jean-Pierre Sauvage a ouvert la voie aux machines moléculaires et suscité un engouement qui perdure encore aujourd’hui à Strasbourg comme ailleurs dans le monde.

 « Un savoir-faire et un état d’esprit »

Ses anciens étudiants, devenus chercheurs accomplis, ont toutefois développé leurs propres thématiques de recherche, souvent dans d’autres domaines que celui des machines moléculaires. « On a tous suivi nos propres idées mais je pense que Jean-Pierre a eu une grande influence sur notre manière de mener nos recherches, confie Jean-François Nierengarten. A ses côtés, on a non seulement acquis un savoir-faire mais aussi un véritable état d’esprit. » Un mélange de curiosité, de persévérance et de modestie. Samedi 10 décembre 2016, à Stockholm, nombreux seront ses anciens étudiants à avoir fait le déplacement pour l’applaudir. Comme un hommage.

Ronan Rousseau

Établissement associé de l'Université de Strasbourg
Fondation Université de Strasbourg
Investissements d'Avenir
CNRS
Inserm Grand Est
HRS4R
Ligue européenne des universités de recherche (LERU)
EUCOR, Le Campus européen
Epicur