La politique agricole commune à l’épreuve de l’économie

17/02/2021

La politique agricole commune permet-elle de faire face aux chocs climatiques ? Pour répondre à cette question Samuel Ligonnière, chercheur au Bureau d'économie théorique et appliquée, s’est plongé dans les données fiscales des exploitations françaises. Le tout, à travers un projet Idex débuté en septembre 2020 au côté de Rémi Généroso, économiste de l’Université de Lille et de Clément Nédoncele, chercheur de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement de Paris.

« Moins de 30% des agriculteurs sont assurés face aux chocs climatiques », rappelle en préambule Samuel Ligonnière dont le Projet Idex « La politique agricole commune (PAC) face aux chocs climatiques » poursuit un double objectif : « voir à quel point l’agriculture française est résiliente face aux chocs climatiques et déterminer si l’attribution des aides de la PAC est efficace pour permettre aux agriculteurs de faire face à ces chocs. »

Les études réalisées sur le sujet ne portent que sur un panel représentatif, l’économiste décide pour sa part de s’attaquer aux données fiscales de l’ensemble des firmes agricoles françaises fournies par le gouvernement. Et ce de 2004 à 2020, soit environ 350 000 firmes par année. « Je peux voir quand une firme est créée, ce qu’elle vend, son chiffre d’affaires, ses charges, ce qu’elle reçoit comme aides… »

Des propositions de politiques économiques

Des informations couplées avec les données climatiques de la Nasa, étudiées et compilées par Rémi Généroso. « En analysant le bilan hydrique sur des périodes données, nous pouvons voir les épisodes de gelées, de sècheresse, lorsque le sol est gorgé d’eau... » Le tout, en déterminant les mois clés pour chaque activité.

« En cas de choc climatique, nous regarderons les conséquences sur la production : baisse de chiffre d’affaires, voire une potentielle faillite… avant d’étudier si la PAC a pu compenser la perte de production. Et si ce n’est pas le cas de voir si un changement dans son mode d’attribution aurait pu éviter cette faillite », explique le chercheur qui dispose également des données du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Données grâce auxquelles il pourra anticiper les futurs problèmes que subiront les agriculteurs. « Cela permettrait même de calculer le nombre d’agriculteur en faillite si la PAC reste telle qu’elle est. »

Pour l’instant, Samuel Ligonnière, étudie les données mises à sa disposition. « A terme, nous souhaiterions présenter nos résultats et faire des propositions de politiques économiques au ministère de l’agriculture. »

Marion Riegert

La politique agricole commune en bref

Lancée en 1962, la politique agricole commune de l'Union européenne est un partenariat entre le secteur agricole et la société, et entre l’Europe et ses agriculteurs. Son objectif ? Soutenir les agriculteurs et améliorer la productivité agricole, en garantissant un approvisionnement stable en denrées alimentaires à un prix abordable, assurer un niveau de vie décent aux agriculteurs de l’Union européenne, contribuer à lutter contre le changement climatique et gérer les ressources naturelles de manière durable, préserver les zones rurales et les paysages dans l’ensemble de l’UE, préserver l’économie rurale en promouvant l’emploi dans l’agriculture, l’industrie agroalimentaire et les secteurs associés. Cette dernière a beaucoup évolué ces dernières années. « Elle est de moins en moins corrélée au niveau de la production, avec l’émergence d’aides accordées au bio ou aux jeunes agriculteurs », souligne Samuel Ligonnière.

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