Les dessous de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg

29/01/2021

Visible depuis les quatre coins de la ville, plus qu’un édifice religieux, Notre-Dame de Strasbourg est devenue un symbole d’identification. En faisant dialoguer théologiens et historiens, l’ouvrage « La cathédrale de Strasbourg en sa ville. Le spirituel et le temporel » dirigé par Christian Grappe propose de nouveaux éclairages sur cette cathédrale qui compte parmi les plus visitées de France.

L’aventure commence en 2015 lorsque Christian Grappe remarque qu’à l’occasion du millénaire de la cathédrale de Strasbourg aucune manifestation n’est organisée à l’Université. « Je me suis dit que si personne ne le faisait, ce serait un protestant qui s’en chargerait ! », plaisante celui qui dirige alors l’unité de recherche de théologie protestante.

Le colloque de deux jours regroupe uniquement des spécialistes de Strasbourg : chercheurs de différents domaines mais aussi représentants d’institutions muséales et des archives de la ville. De ces échanges nait un ouvrage « La cathédrale de Strasbourg en sa ville. Le spirituel et le temporel », paru aux Presses universitaires de Strasbourg en décembre 2020. « Une entreprise de longue haleine », glisse le chercheur.

Une topographie sacrée

L’occasion de se replonger dans l’histoire et l’architecture de cet édifice qui rythme la vie de la cité sur le plan visuel, mais aussi sonore. Direction d’abord le quartier qui entoure la cathédrale. « Au Moyen Age, il abritait essentiellement des membres du clergé avec, lors de certaines processions, une topographie sacrée qui symbolise à sa manière Jérusalem. » 

Côté façade, le portail sud, le plus ancien, contient une représentation originale et novatrice de la dormition, autrement dit de la mort de la Vierge Marie. Christian Grappe se penche pour sa part sur le portail central. Habituellement lu, registre par registre, comme une bande dessinée, il raconte la passion de Jésus. « J’ai essayé de montrer qu’une lecture verticale était possible et que la scène était agencée pour montrer que le Christ mettait un terme à la malédiction d’Adam. L’entrée dans la cathédrale symbolisant l’entrée dans ce monde nouveau. »

Place ensuite à l’intérieur avec le pilier des anges représentant le jugement dernier, de façon unique en son genre dans l’histoire de l’art gothique. Un pilier qui pose des questions théologiques et techniques. Non loin de là, l’horloge astronomique fait aussi parler d’elle. « Conçue par un artiste protestant, c’est le principal reliquat de la période protestante de Strasbourg qui dura plus de 150 ans au 16e et 17e siècles. Ce qui est étonnant c’est que les protestants ont très peu touché à l’espace intérieur contrairement aux catholiques après 1681 », souligne Christian Grappe.

Un ensemble parmi les plus beaux d’Europe

Les cloches ne sont pas en reste et Olivier Tarozzi, campanologue du diocèse de Strasbourg, dévoile leur fonctionnement. « Parfois, il fallait les changer car elles cassaient en raison du froid. Au 20e siècle, une réflexion a été menée pour reconstituer les cloches. Grâce à cela, Strasbourg a un ensemble parmi les plus beaux d’Europe », raconte Christian Grappe.  Consacrées au temps sacré et au temps civil, leurs sonneries ont été enregistrées et mise à disposition des oreilles des curieux.

Après cette publication, Christian Grappe souhaiterait initier, avec un collègue, une nouvelle collaboration regroupant les mêmes experts autour de l’église Saint-Thomas de Strasbourg qui devint protestante en 1523. « J’aimerais mettre en place un colloque dont les actes seront publiés à l’horizon 2023, année qui marquera le 500e anniversaire de l’adoption de la Réforme à Strasbourg »

Marion Riegert

* L’ouvrage est publié en hommage à l’un de ses collaborateurs, Francis Rapp, et à celui qui en a souhaité et encouragé ardemment la publication, Lucien Braun, tous deux emportés par la Covid-19.

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