Les universités de Strasbourg et d’Osaka fêtent 15 années de partenariat

19/03/2021

Strasbourg et Osaka ont célébré leurs 15 ans d’échanges académiques début mars à travers un colloque intitulé « From research to innovation ». Retour sur une histoire qui dure avec le chimiste Pierre Braunstein, directeur de recherche CNRS émérite et professeur conventionné de l’Université de Strasbourg, coordinateur des relations avec l’université japonaise.

Comment est né ce partenariat ?

Les premiers partenariats entre l’Université de Strasbourg et des universités japonaises remontent au 19e siècle. C’est une tradition ancienne. Il y a plus d’une quinzaine d’années, Kazushi Mashima, un collègue chimiste rencontré à plusieurs reprises, est venu me rendre visite à Strasbourg. Son université à Osaka venait de remporter un programme lancé au Japon et était devenue Centre d’excellence. Dans ce cadre, Kazushi Mashima était chargé d’explorer les collaborations possibles avec des université européennes haut de gamme pour mettre en place des partenariats, en particulier en chimie. Il avait identifié des cibles britanniques et allemandes et était en Europe pour les rencontrer, je n’ai pas eu trop de mal à le convaincre que Strasbourg devait de toute urgence faire partie de sa liste. En 2006, une première convention était signée. Le fait de se connaitre a été un plus, les relations personnelles sont toujours la clé.

En quoi consistent les échanges ?

Visites mutuelles, professeurs invités, accueil réciproque d’étudiants pour des périodes de trois mois, les échanges prennent différentes formes. Encourager les étudiants japonais à sortir de leur pays est important et des incitations dans ce sens ont été mises en place par leur Ministère et les universités. De retour à Osaka, ils sont nos meilleurs ambassadeurs mais il y a une certaine frilosité, ils ont peur de perdre du temps par rapport à leur thèse. Par ailleurs, différents colloques centrés sur la chimie ont eu lieu de manière régulière à Osaka et à Strasbourg. J’ai toujours veillé à y inclure des scientifiques des campus de l’Esplanade, Illkirch et Cronenbourg pour montrer la diversité et la qualité des recherches strasbourgeoises. Plusieurs collaborations et échanges d’équipes à équipes ont ainsi été amorcés. Le symposium virtuel « From research to innovation » organisé pour nos quinze années d’échanges a été l’occasion de donner un coup de projecteur sur des réalisations dans les domaines de la médecine, de la biologie, de la physique, de la propriété intellectuelle et des brevets, des start-up… Osaka est située dans une région très dynamique où l’innovation est très forte. Nous avons fait le choix de la pluridisciplinarité avec l’espoir que cela leur donne envie d’étendre le champ de la collaboration au-delà de la chimie. Les premières réactions à l’issue de ce symposium indiquent que le message est passé….

Y-a-t-il des différences entre recherche française et japonaise ?

C’est une culture évidemment totalement différente. Les Japonais sont certainement moins contestataires que nous et travaillent énormément. C’est un milieu très compétitif dès les écoles maternelles. L’éducation et l’enseignement tiennent une place essentielle. Ils sont très efficaces, ne s’attardent pas en pauses-café et mangent à la vitesse de l’éclair. Les journées durent souvent de 8h/8h30 à 22h/23h. Au Japon, la structure des laboratoires est pyramidale avec des équipes centrées autour d’un professeur, épaulé par un professeur associé, un ou deux assistants, un ou plusieurs post-doctorants, des doctorants et étudiants de master. Ce qui ressemble beaucoup à la structure universitaire allemande dont l’influence fut forte dès le 19e siècle.

Côté Japonais, qu’ont-ils retenus de leurs visites en France ?

Les japonais sont toujours très amateurs de visites en France pour sa gastronomie, ses vins, ses paysages, sa culture, notre art de vivre. Ils aiment beaucoup l’Alsace, notamment grâce à diverses émissions de télévision qui leur ont fait découvrir ses charmes. Ils sont toujours surpris par l’organisation de la société française, ses réalisations mais aussi les grèves dont ils ont eu la malchance de faire l’expérience à plusieurs occasions …

Marion Riegert

Des échanges académiques qui ne datent pas d'hier

Yoichi Nakatani, chairman du comité des relations Japon-Unistra depuis 1988, revient sur les relations qui unissent son pays à l’Université de Strasbourg :

Elles sont très anciennes. Dès la fin du 19e siècle (1880-1890), six scientifiques japonais viennent à Strasbourg parfaire leurs connaissances. Après leur retour au Japon, ils deviennent pionniers dans leurs domaines. Également à cette époque, un professeur strasbourgeois enseigne la zoologie à l’Université impériale de Tokyo (1879-1881). Sa collection d’animaux marins de la Baie de Sagami se trouve toujours au musée zoologique de Strasbourg (collection Döderlein).

A partir de 1957, sous l’impulsion de Guy Ourisson, fondateur et premier président de l’Université Louis Pasteur (ULP) (1970-1975), les échanges pluridisciplinaires se développent. En 1985, les quatre universités alsaciennes signent une convention de coopération avec l’Université de Toyo.

A la fin des années 1980, dans le cadre de sa politique des relations internationales, l’ULP décide d’établir avec le Japon des relations académiques sur le long terme. Pour ce faire, le président Laustriat m’a confié la gestion de cette politique en me nommant chairman du comité des relations avec le Japon en 1988. Des accords impliquant un programme structuré d’échanges de professeurs invités sont successivement signés entre l’ULP et les universités et instituts de recherches les plus importants au Japon. Après l’unification des trois universités strasbourgeoises en 2009, les échanges s’étendent aux sciences humaines et sociales.

Actuellement, 26 conventions sont établies avec 25 universités japonaises et un Institut japonais (Riken). L’Unistra reçoit 13 professeurs japonais par an sur des postes de professeurs invités et inversement, les collègues strasbourgeois sont accueillis dans des universités japonaises et Riken. Le nombre total d’échanges de chercheurs franco-japonais atteint plus de 420 personnes.

L’existence de liens académiques anciens entre l’Alsace et le Japon a été déterminante dans le choix de Strasbourg pour l’implantation de la Maison universitaire France-Japon (MUFJ), dont l’inauguration a eu lieu en mai 2001. Cette dernière abrite le bureau de liaison français de la Japan Society for the Promotion of Science (JSPS) dont l’objectif est de développer les échanges académiques entre les deux pays.

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