Niveau d’addiction aux opiacés et état psychique, quel rapport ?

07/09/2021

Début août, Laurence Lalanne, professeur des universités – praticien hospitalier et chercheuse au sein de l’unité Inserm Neuropsychologie cognitive et physiopathologie de la schizophrénie, obtient un financement pour étudier s’il y a une corrélation entre le niveau d’addiction des consommateurs d’opiacés et leur état psychique ainsi que leur environnement social.

« Une évaluation nationale a permis de se rendre compte que les personnes fréquentant les salles de consommation à moindre risque présentent des troubles psychiques plus importants et certains facteurs sociaux », explique Laurence Lalanne, responsable de l’évaluation scientifique de la salle de consommation à moindre risque Argos située à l’hôpital civil de Strasbourg et spécialisée en psychiatrie et addictologie.

Grâce à un financement de l’Institut pour la recherche en santé publique, la chercheuse souhaite étudier s’il y a une corrélation entre la sévérité des addictions aux opiacés, les facteurs psychiques et les difficultés sociales. Une première. « Il n’a jamais été démontré que plus une personne présente des troubles psychiques, plus elle a un risque élevé d’addiction », souligne la chercheuse qui évoque un sujet compliqué sur le plan méthodologique et du recrutement.

Regarder les modifications épigénétiques

Côté méthode, Laurence Lalanne prévoit de se pencher sur les biomarqueurs. « Nous allons regarder s’il y a des modifications épigénétiques en fonction de l’environnement social et de l’état psychique de la personne (stress post traumatique…). » Afin d’éviter les prises de sang, une étude va être réalisée pour déterminer si un prélèvement capillaire effectué sur un doigt suffit. 

La recherche qui réunit une sociologue à Paris, un épigénéticien de l’Institut des neurosciences cellulaires et intégratives de Strasbourg, et un autre spécialiste des addictions à Lyon débutera d’ici un an.

« L’idéal serait de recruter 300 patients avec un niveau à la fois psychique, sociologique et d’addiction différent », précise la chercheuse qui a déjà eu l’occasion d’effectuer des recrutements sur ce genre de salles dans le cadre d’autres études. Des questionnaires seront proposés aux participants via des « enquêteurs » qui se rendront sur place pour récolter également les prélèvements nécessaires.

Marion Riegert

La salle de consommation à moindre risque

Située au rez-de-chaussée de l’ancien bâtiment de chirurgie thoracique de l’hôpital civil, la salle de consommation à moindre risque Argos est un dispositif expérimental de santé publique, rattaché au Centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues d’Ithaque. Une équipe de professionnels, spécifiquement formés accueille prioritairement les usagers injecteurs de drogues illicites et/ou de médicaments, en situation de précarité, en respectant leur anonymat. Il permet la consommation de produits dans des conditions sanitaires adaptées et sécurisées.

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