Opiacés, des biomarqueurs pour déterminer le risque d’addiction

28/04/2021

Chaque année, des milliers de personnes meurent d'une overdose d'opioïdes aux États-Unis. En Europe, leur usage récréatif est en forte augmentation. Pour déterminer les processus à l’œuvre dans l’addiction, Emmanuel Darcq, chercheur au sein de l’unité Inserm U1114, développe notamment une méthode d’analyse sur le cerveau fondée sur l’imagerie à résonance magnétique. Un retour aux sources pour le jeune homme qui revient tout juste de Montréal.

Après une thèse à l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC) dans le laboratoire de Brigitte Kieffer sur les addictions aux opiacés, des médicaments utilisés comme antidouleurs, Emmanuel Darcq réalise un post-doctorat à San Francisco. Dans le laboratoire de Dorit Ron il s'intéresse aux signatures moléculaires présentes dans l’addiction à l’alcool. « Les connaitre permettrait de poser un diagnostic précis. La grande difficulté en psychiatrie étant que les médecins doivent se baser sur la description des symptômes par les patients car ils ne disposent pas de biomarqueurs de la maladie. »

L’état du cerveau durant la période d’abstinence

Ses recherches mènent ensuite Emmanuel Darcq à Montréal où il retourne à ses premiers amours sur les addictions aux opiacés et le phénomène d’abstinence au côté de Brigitte Kieffer. Ensemble, en octobre, ils reviennent poser leurs microscopes dans la capitale européenne au sein de l’unité U1114 où Emmanuel Darcq occupe un poste de chargé de recherche Inserm.

Un retour aux sources après 10 années passées à l’étranger. « J’étudie l’état du cerveau durant la période d’abstinence qui vient après la consommation d’opiacés. » Même plusieurs mois après l’arrêt, des changements neurobiologiques sont toujours observables entrainant un risque de rechute.

Une méthode d’analyse non invasive

Dans ce cadre, Emmanuel Darcq s’intéresse plus particulièrement à l’habenula, une région du cerveau activée en cas d’évènement provoquant de l’aversion. « C’est la zone du cerveau la plus enrichie en récepteur Mu, un récepteur sensible aux opiacés. Nous souhaitons étudier le rôle, encore inconnu, dans l’habenula des neurones qui expriment ce récepteur, et nous pensons que le dérèglement de son activité dans l’habenula contribue à l’affect négatif des personnes en manque, ou en sevrage prolongé. »

Autre projet initié à Montreal qui se poursuit à Strasbourg : sur le développement d’une méthode d’analyse non invasive sur les souris à l’aide de l’imagerie par résonance magnétique (IRM). Une étude inédite à cheval entre biologie, pharmacologie et physique qui permet également de comparer si les effets sont différents sur le cerveau en fonction des opiacés consommés. « Notre espoir serait de trouver des biomarqueurs en suivant l’état du cerveau avant, pendant et après prise d’opiacés. Il serait alors possible de prédire grâce à l’intelligence artificielle, en fonction des connectivités du cerveau, s’il y a un risque de développer une addiction », explique le chercheur « fasciné par la complexité du cerveau et de son fonctionnement. Ça a toujours été un mystère pour moi et ça en est toujours un… »

Marion Riegert

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