Pédagogie inclusive, rendre les enseignements accessibles à tous

15/11/2021

A l’Université de Strasbourg, 700 étudiants en situation de handicap sont accueillis par la Mission handicap, selon les dernières données. Sophie Kennel, directrice de l'Institut de développement et d'innovation pédagogiques (Idip), Stéphane Guillon, chercheur au Laboratoire interuniversitaire des sciences de l'éducation et de la communication, Morgane Caublot, chargée de mission réussite étudiante à l'Idip et Odile Rohmer, chercheuse au Laboratoire de psychologie des cognitions, se sont intéressés à la pédagogie inclusive. Et plus précisément aux représentations et pratiques des enseignants-chercheurs à l’Université de Strasbourg dans la relation pédagogique pour faciliter l’accès à tous, et en particulier les étudiants en situation de handicap.

Pourquoi ce sujet ?

Stéphane Guillon : La situation de handicap est un facteur de risque qui diminue les chances d’obtention du diplôme mais surtout de poursuite d’études. Des travaux antérieurs ont montré localement que pour un tiers de ces étudiants, les interactions avec les enseignants ont été en partie défavorables. Nous avons souhaité investiguer la boîte noire de cette relation pédagogique en dépliant l’expérience de 117 enseignants-chercheurs de Strasbourg. Et ce par le biais d’un questionnaire auto-rapporté qui portait sur six dimensions de leurs pratiques et de leur vécu au quotidien : les dispositions particulières, l’accessibilité des supports, l’adaptation des contenus, la question de l’accès et enfin l’évaluation.

Odile Rohmer : C’est un sujet peu documenté. Avec Sophie Kennel, nous cherchions à fédérer les collègues de l’Université et favoriser la recherche autour de la question du handicap. 80% des handicaps sont invisibles comme l’autisme ou les troubles Dys*. Pour moi, le plus gros problème n’est pas celui de l’accessibilité mais plutôt de la honte pour les étudiants de révéler leurs difficultés de peur d’être stigmatisés. La question de l’inclusion universelle est donc importante, il faut penser l’enseignement pour que tout le monde puisse en profiter. Nous avons réalisé cette première étude, débutée en 2018 et publiée en 2021, pour lancer la machine et à terme obtenir des financements pour poursuivre ces recherches.

Quels résultats ?

S. G. : Les enseignants ont une forte acceptabilité des politiques inclusives, ils sont d’accord pour donner du temps, à travers le temps majoré notamment. En revanche, ils semblent plus résistants à l’idée de devoir numériser les ressources ou adapter leurs pratiques en vue de rendre leurs cours plus accessibles à toutes les situations de handicap. Il y a également une plus forte réticence encore à l’adaptation et à l’individualisation sur le volet évaluation.

O. R. : Il y a une difficulté à questionner la façon dont on enseigne. Sans oublier l’idée que comme la présence des étudiants handicapés reste rare, nous ne voyons pas toujours la pertinence de changer nos modes d’enseignement ou d’évaluation. Pourtant, l’inclusion à l’université progresse fortement, nous sommes à 700 étudiants en situation de handicap en moyenne par an, soit une multiplication par 5 depuis la loi de 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

Vers des pistes d’amélioration des pratiques ?

O. R. L’Université de Strasbourg a signé une charte pour favoriser l’inclusion, nous devons comprendre les mécanismes des résistances à une véritable inclusion pour améliorer la situation. Il faudrait penser en amont les supports de manière variée pour qu’ils soient adaptés à tous. Le confinement a donné de premières pistes et les politiques de professionnalisation des nouveaux maitres de conférence vont dans ce sens.

S. G. : Nous avons réussi à montrer la nécessité de professionnaliser la fonction d’accueil et d’accompagnement et celle d’anticiper la diversification des modalités d’accès aux ressources pédagogiques. A Strasbourg, nous avons la chance d’avoir l’Idip pour accompagner les enseignants-chercheurs à travers notamment un diplôme universitaire mais aussi la place centrale de la mission handicap. Il ne faut pas oublier de penser également à l’expérience étudiante du monde professionnel, y compris dans le cadre des stages et des contrats d’alternance, une expérience parfois délétère et bien plus déstabilisante encore pour nos étudiants handicapés…

Propos recueillis par Marion Riegert

* Les troubles DYS regroupent les troubles spécifiques du langage et des apprentissages : dyslexie, dyspraxie, dysphasie, dyscalculie…

Côté étudiants

Une autre étude pilotée par Stéphane Guillon sur l’expérience de 231 étudiants en situation de handicap, à paraitre en février, montre pour ces derniers un effet bénéfique des dispositifs d’accommodement et de compensation et plus largement de la politique inclusive en même temps que des caractéristiques socio-académiques et familiales. « Un des leviers favorables dans les parcours d’études est de donner davantage de temps aux étudiants, mais aussi, pour eux, d’accepter de prendre plus de temps. Un temps qui pourrait également bénéficier à d’autres publics comme les inactifs en reprise d’études, les actifs en formation continue...  Enfin, un étudiant qui s’ouvre aux autres de sa situation de handicap lorsqu’il n’est pas visible est également dans une situation plus favorable », rapporte le chercheur qui souhaite approfondir ses travaux sur l’impact de la procédure Parcoursup en termes de sursélectivité et de risque d’éviction des étudiants à besoins spécifiques.

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