Perte d’odorat et Covid-19 : 84% des tests dans la norme à quatre mois

16/07/2021

Regards croisés de chercheurs sur la Covid-19 : médecine. L’épidémie de Covid-19 a braqué les projecteurs sur un mal peu connu du grand public jusqu’à maintenant : la perte d’odorat. Un symptôme, présent dans d’autres maladies, auquel s’intéresse Marion Renaud depuis plus de quatre ans. Durant l’épidémie, le service d’ORL des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, dans lequel elle officie, suit une cohorte de 350 patients ayant une anosmie post-covid.

« Plus de consultations, plus de bloc, pendant la Covid, nous étions à l’arrêt en ORL. Dès que j’ai su qu’il y avait des problèmes d’odorat, je me suis intéressée à ce sujet », souligne d’emblée Marion Renaud. Une première étude lancée en avril 2020 sur 350 patients ayant des formes légères à modérées d’infection par la Covid-19 et comparant une cohorte de patients aux tests PCR positifs et une aux tests négatifs, confirme que la perte d’odorat est un symptôme révélateur d’une infection par la Covid.

De cette première étude, 97 patients seront suivis sur 1 an et 51 bénéficieront d’un test d’odorat tous les quatre mois consistant à sentir différents stylos du plus fort au moins fort et identifier des odeurs. « Ils sortent de l’étude dès que leur test est dans la norme. » Résultat : 84% des tests sont dans la norme à quatre mois et 96% à 8 et 12 mois.  

Les taux de récupération varient de 70 à 85%

Des chiffres qui ne sont pas étonnants selon la chercheuse. « De nombreuses études montrent qu’entre 1 et 6 mois, les taux de récupération varient de 70 à 85%, ce qui est très encourageant pour les patients. » La perte d’odorat semble plutôt toucher des sujets jeunes (moyenne d’âge d’environ 40 ans) avec une légère prédominance féminine. Ces deux paramètres sont connus pour être des facteurs de bon pronostic.

Dans l’étude, tous les patients ont connu une amélioration de leur odorat, le plus souvent totale et plus rarement partielle. Seul bémol : il n’y a pas de comparaison possible avant/après l’infection. « Nous considérons que les patients ont récupéré selon des normes et il peut exister chez certain une discordance entre leur auto-évaluation et leur test d’odorat. »

Pour améliorer la récupération de l’odorat, la rééducation olfactive, développée par Thomas Hummel à Dresden, a fait ses preuves depuis de nombreuses années et est en plein essor avec l’épidémie de Covid-19. Les patients sentent quatre odeurs deux fois par jour pendant cinq minutes sur une durée d’au moins trois mois, afin de stimuler le nerf olfactif et favoriser le ré-apprentissage des odeurs. « Selon les études, si le bulbe olfactif n’est pas stimulé son volume diminue alors qu’en le stimulant il réaugmente. »

« La physiopathologie reste encore mal connue »

Les deux patients n’ayant pas retrouvé un odorat dans la norme sont toujours suivis. « Sans amélioration significative à un an, la probabilité de récupération est plus faible. Au bout de trois ans, on considère qu’il n’y a en général plus de récupération. Avec la Covid, les gens ont pris conscience de ce qu’est l’odorat, avant ils ne s’en inquiétaient pas autant. C’est très important, car cela va pouvoir faire avancer la recherche sur l’odorat », explique Marion Renaud.

« La physiopathologie reste encore mal connue, mais il semblerait que la Covid entraine dans la plupart des cas une inflammation de l’épithélium olfactif, avec soit une atteinte directe des neurones olfactifs, soit une atteinte des cellules souches servant à la régénération de l’épithélium olfactif. L’atteinte des voies olfactives centrales semble plus rare », précise la chercheuse.

Marion Riegert

Sinusite chronique, perte d’odorat post-traumatique … Marion Renaud mène une autre étude sur la validation de questionnaires de qualité de vie en langue française sur 80 patients ayant perdu l’odorat. En effet, il n’existe actuellement aucun questionnaire pour améliorer la prise en charge et le suivi de ces patients qui ont perdu l’odorat.

Regards croisés de chercheurs sur la Covid-19

Psychologie, éthique, économie, histoire, virologie… nous sommes partis à la rencontre de chercheurs de différents domaines de l’Université de Strasbourg pour apporter un éclairage sur la crise du coronavirus.

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