Quelles cultures pour lutter contre l’extinction du grand hamster d’Alsace ?

25/01/2022

Depuis juillet 2020, le hamster d’Europe, plus connu dans notre région sous l’appellation de grand hamster d’Alsace, figure sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature parmi les espèces en danger critique d’extinction. Dans une étude menée en partenariat avec des agriculteurs locaux, Caroline Habold, chercheuse à l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien, et son équipe se sont penchés sur les avantages nutritionnels pour l'hibernation et la reproduction des hamsters de différentes associations avec les cultures de blé et de maïs.

Le hamster vit principalement dans les champs, il apprécie les sols argileux pour y creuser son terrier, soit des sols où sont cultivés le maïs ou le blé. « En Alsace, nous avons regardé les effets de ces monocultures sur la reproduction du hamster et sa survie », explique Caroline Habold dont l’étude réalisée avec Mathilde Tissier et Florian Kletty, doctorants, s’inscrit dans le cadre du programme Life Alister porté par la Région Alsace et financé par l’Europe et le Ministère de la transition écologique.

Pour ce faire, deux groupes sont créés en laboratoire. Dans celui nourri à base de blé, les jeunes présentent une carence en protéines et grandissent moins vite. Une carence qui peut être compensée par la présence d’invertébrés (vers de terre, insectes…). Le groupe nourrit au maïs a notamment une carence en vitamine B3. Dans ce dernier, le succès reproducteur est quasi nul, 90% des femelles mangent leurs petits.

« En protégeant le hamster, on protège toute la biodiversité du milieu agricole »

Une expérience est également menée en conditions semi contrôlées dans un enclos. « Nous avons remarqué qu’avec la culture de maïs, il y a moins d’invertébrés. Ce qui est dû à cette monoculture indépendamment de l’utilisation de pesticides. Ainsi en protégeant le hamster, nous protégeons toute la biodiversité du milieu agricole. »

Dans un premier article, les chercheurs s’intéressent aux associations permettant de pallier ces carences. Et ce en concertation avec des agriculteurs locaux et la chambre d’agriculture d’Alsace. « Nous cherchions une association bénéfique pour le hamster mais aussi utile pour l’agriculteur. Il y a une motivation importante de leur part dans une démarche d’amélioration de la qualité environnementale des cultures. »

Trois associations avec le maïs et le blé, semées en couvert d’interculture ou en culture associée, sont testées par 16 agriculteurs dans leurs champs : le soja, le radis fourrager, déjà utilisé aux Pays-Bas, et le tournesol riche en lipides. « Le soja présente un intérêt économique pour la nourriture des volailles, les deux autres cultures ont plus un intérêt pour le sol, permettant d’améliorer sa qualité. Il y a aussi un effet positif pour l’image des agriculteurs. A Blaesheim, l’un d’eux offrait par exemple des tournesols en pots. »

Le groupe blé-soja en première position

En parallèle, en laboratoire, six groupes de hamsters sont créés associant le maïs et le blé à ces trois cultures. Résultat : « Le groupe blé-soja, maïs-tournesol et maïs-radis fourrager fonctionne bien en terme de survie hivernal et de reproduction. Avec en première position le groupe blé-soja qui présente une survie de tous les petits au sevrage. Les trois autres associations, maïs-soja, blé-tournesol et blé-radis fourrager, étant catastrophiques », détaille la chercheuse.

Désormais, les tests se poursuivent avec de nouvelles associations. « Nous aimerions notamment trouver une solution pour des cultures plus résilientes au changement climatique qui préserveraient par exemple l’humidité du sol. » Les associations déjà proposées peuvent quant à elles être mises en place dans le cadre de mesures agro-environnementales climatiques collectives avec l’obtention d’aides. Elles couvrent ainsi 3 500 hectares et engagent 200 agriculteurs qui vont semer en interculture. « Avant, ces aides concernaient la luzerne qui n’avait pas de filière économique en Alsace ou le fait de laisser une partie du blé sur pied. »

Marion Riegert

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