Sur les traces de Sébastien Brant

21/04/2021

Places, cafés, établissements scolaires, boulevards… Figure de proue de la littérature allemande de la fin du Moyen Age, Sébastien Brant a donné et donne encore son nom à différents lieux. A l’occasion du 500e anniversaire de sa mort, le 10 mai, différentes commémorations se déroulent à Strasbourg et Bâle. Peter Andersen, seul spécialiste du département d’allemand de cette période et coordinateur des évènements à Strasbourg, revient sur l’histoire de ce poète à travers un parcours « Brant ».

L’auberge au Lion d’or. Sébastien Brant nait à Strasbourg et grandit dans l’auberge de ses parents, des roturiers, au 14 rue d’Or. « Son père et son grand-père sont tout de même représentants au Sénat. Le numéro n’existe plus car la bâtisse a été rasée pour laisser place à la Rue de la 1e Armée, mais l’emplacement est honoré grâce à une plaque apposée sur le numéro 16 », raconte Peter Andersen.

Bâle. L’Université de Strasbourg n’existant pas encore à cette période, le jeune homme part étudier le droit à Bâle où il se marie et fonde une famille, il aura 7 enfants. « C’était un étudiant lent, une des explications étant qu’il devait donner des cours pour financer ses études. » Il finira tout de même par devenir professeur et avoir une carrière à succès avec notamment l’écriture d‘un manuel de droit en latin, qui a pu être exporté sans traduction. « Il n’a probablement jamais rempli une chope de bière dans l’auberge familiale », plaisante le chercheur. C’est à Bâle aussi qu’il publie son plus grand succès « La Nef des fous. »

La résidence impériale. Après 25 années passées à Bâle, en 1501, lorsque la ville devient Suisse, Sébastien Brant retourne à Strasbourg où il devient le plus haut magistrat de la cité. Il vit alors dans une grande résidence impériale au 18 Quai Saint-Nicolas où une plaque rappelle encore son passage. Dans les archives de la ville, beaucoup de documents signés de sa main sont toujours conservés. « Ce n’était pas un homme politique mais plutôt un conseiller juridique, notamment consultant personnel de Maximilien 1er, empereur du Saint-Empire. » A Strasbourg, Sébastien Brant publie un ouvrage sur la vie des Saints avec une gravure de la cathédrale de Strasbourg, une des premières de l’histoire. Il meurt en 1521 après avoir vécu 64 ans comme c’est indiqué sur son épitaphe.

Eglise Saint-Thomas. L’épitaphe de Sébastien Brant, pierre de près de 200 kg payée par la ville à sa mort, en hommage à son premier magistrat, figure actuellement à l’église Saint-Thomas. « C’est le seul témoignage précis de sa date de naissance calculable grâce à l’indication de sa durée de vie : 64 ans. Elle peut ainsi se situer en 1457 ou 1458 selon les interprétations. » Au départ exposée à la cathédrale de Strasbourg, l’épitaphe est récupérée au 16e siècle par sa famille rue des Hallebardes puis sera reprise par un collectionneur avant d’être offerte à la bibliothèque municipale. « Cette dernière est détruite pendant la guerre, l’épitaphe est un des seuls objets à avoir survécu. Un chanoine l’a ensuite récupérée pour l’amener à l’église Saint-Thomas. Elle a été restaurée dans le cadre de cette commémoration grâce au soutien de la ville de Strasbourg des universités de Bâle, Fribourg et Strasbourg. »  

Ecoles et autres rues. « Depuis les années 80, une tendance purement alsacienne veut qu’il n’y ait presque plus un lotissement construit sans une rue Sébastien Brant. Beaucoup d’écoles aussi portent son nom », souligne le chercheur qui précise que « Michel Deneken, président de l’Université de Strasbourg, a promis de baptiser un lieu du campus au nom de Sébastien Brant en 2021. » Reste à savoir lequel... « Peut-être le mystère sera-t-il levé le 10 mai… », sourit le chercheur.

Marion Riegert

La Nef des fous : 112 types de fous dans un monde à la dérive

Comptant parmi les premières œuvres allemandes éditées avec l’imprimerie, La Nef des fous fut en son temps un véritable succès et fit l’objet de nombreuses copies. « C’est le premier ouvrage avec presque autant d’images que de texte, la question étant de savoir si les images servent le texte ou inversement », explique Peter Andersen qui précise que Sébastien Brant n’était pas très fort en narration. « Il n’a jamais écrit de romans, La Nef des fous est une succession de « photographies » de fous que l’auteur décrit. Princes, aubergistes… soit 112 types de fous observés dans toutes les couches de la société montrant selon lui un monde à la dérive. « Dans un des poèmes, il s’inclut lui-même dans les fous mais dit qu’à la différence des autres, il combat la folie. Il présente ainsi le livre comme un remède. Le but étant d’atteindre la sagesse qui réside en nous. »

Au programme du 500e anniversaire

Le 10 mai commémore le 500e anniversaire de la mort de Sebastian Brant. L’Université de Bâle lui rend hommage dans le cadre d’un cycle de conférences numériques destinées à un public académique. A Strasbourg, quatre conférences grand public sont organisées en collaboration avec la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (BNU). Au menu, du 10 février au 10 mai, la conférence « A table avec Sébastien Brant » proposée par Georges Bischoff. Carole Werner, doctorante en linguistique, évoque pour sa part le fait que la Nef des fous ait pu être écrite en alsacien. Peter Andersen s’intéresse à la famille Brant, une grande dynastie strasbourgeoise qui domine la ville durant quatre siècles. (Albert Schweitzer est un de ses descendants.) Et enfin, Frédéric Barbier revient sur la Nef des fous comme premier succès de librairie en allemand, traduit en différentes langues. Le 10 mai, pour clore les évènements, un grand colloque en coopération avec la Suisse et l’Allemagne devait avoir lieu.  Mais en raison de la crise sanitaire, il a été reporté à l’automne.

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