Théodore Gérold, un des premiers chercheurs publiés aux Presses universitaires de Strasbourg

24/11/2021

La période de novembre, décembre 1921 marque les premières publications de ce qui deviendra au 21e siècle les Presses universitaires de Strasbourg. Parmi les cinq premiers ouvrages publiés, deux sont rédigés par Théodore Gérold. Retour 100 ans plus tard sur le parcours de ce musicologue de l’Université de Strasbourg avec son successeur Beat Föllmi, titulaire actuel de la chaire de musique sacrée et d’hymnologie.

Né en 1866 à Strasbourg, Théodore Gérold est issu d’une famille de pasteurs protestants qui était contre l’annexion de 1870. « Son père a refusé d’enseigner à l’université devenue allemande », souligne Beat Föllmi. Le jeune Théodore Gérold étudie à la fois en Allemagne à Francfort auprès d’un ami du compositeur Johannes Brahms et à Paris chez le cofondateur de la Schola Cantorum, un établissement privé d'enseignement supérieur de musique, d'art dramatique et de danse.

En 1872, après l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne, la Kaiser-Wilhelms-Universität est créée à Strasbourg avec pour but d’en faire une université vitrine et moderne. Différentes disciplines nouvelles y sont ainsi proposées comme la sismologie mais aussi la musicologie à laquelle une chaire est dédiée. « Strasbourg étant une des seules universités européennes à en posséder une. »

Renouer avec la musicologie

Le premier professeur à occuper la chaire est un juif nommé Gustav Jacobsthal auprès duquel Théodore Gérold étudie. En 1919, au moment du retour de l’Alsace à la France, les professeurs allemands sont contraints de quitter l’université. La France, qui souhaite maintenir son prestige, doit notamment renouer avec la musicologie qui n’existait alors pas encore comme discipline universitaire dans le pays.

A cette époque Théodore Gérold est nommé titulaire de la chaire de musicologie rattachée administrativement à la Faculté de théologie protestante et au département de musique nouvellement créé au sein de la Faculté des lettres. « Il y a alors un flou institutionnel. Aujourd’hui, la chaire est uniquement hébergée par la Faculté de théologie protestante », explique Beat Föllmi. Conformément à la tradition de la chaire, la recherche de Théodore Gérold porte sur l’aspect historique de la musique et notamment le Moyen Age et le début de l’époque moderne.

En 1921, le chercheur publie sa première thèse soutenue en 1910 au sein de la Faculté des lettres : L'Art du chant en France au 17e siècle. Et ce conjointement en Allemagne et en France aux presses universitaires tout juste créées. Il y aborde le répertoire, les airs de musique pour le théâtre, les techniques vocales, les ornements, la pose de la voix... « C’est un ouvrage très spécialisé. »

« Sortir de ma zone de confort »

La même année, il publie sa seconde thèse, une édition commentée du manuscrit de Bayeux, un recueil de 103 chansons du 15e siècle. Il restera à l’Université de Strasbourg jusqu’en 1937 avant d’occuper un poste de pasteur à Allenwiller jusqu’à sa mort en 1956.

Passeur entre les deux cultures mais aussi entre musique et théologie, Théodore Gérold publie en allemand lorsque l’Alsace est allemande sur des sujets français et inversement. « Il faut des compétences dans les deux langues et être à l’aise dans les deux cultures pour travailler sur cette période », souligne Beat Föllmi qui poursuit les recherches initiées par Théodore Gérold à l’époque.

En 2012, sous l’impulsion de Beat Föllmi, la chaire de musicologie prend le nom de chaire de musique sacrée et d’hymnologie. « Il y a toujours eu un poste de musique en théologie pratique dont l’histoire remonte au 16e siècle. Ce qui a changé c’est qu’à l’époque, il y avait beaucoup d’Alsaciens de familles protestantes. Aujourd’hui, notre public est issu de toute la francophonie, de l’Europe du Nord, du Québec, de la Belgique… J’ai dû adapter mon enseignement, sortir de ma zone de confort et de ma culture européenne. C’est aussi ça notre rôle, analyser davantage les réalités d’aujourd’hui dans un contexte international d’échanges. »

Marion Riegert

Les Presses universitaires de Strasbourg en quelques dates

1920 : des professeurs de la Faculté des lettres créent une commission pour publier des travaux réalisés à l’Université de Strasbourg. « Un tel organisme était quelque chose de relativement nouveau. Strasbourg a devancé la création, à Paris, des Presses universitaires de France », raconte Michel Hau, co-directeur de la collection Études alsaciennes et rhénanes de l’Association des Presses universitaires de Strasbourg (PUS). La Commission des publications de la Faculté des Lettres fonctionne alors grâce à une dotation du gouvernement français, des dons d’entreprises ou de particuliers et une subvention récurrente de la Société des amis de l’Université de Strasbourg.

1936 : la Commission des publications fête la parution de son centième ouvrage.

1938 : la Commission des publications se transforme en association de droit local.

1995 : La Commission des publications, devenue l’Association des publications près les universités de Strasbourg, conclut un accord avec la Société des amis des universités de l’académie de Strasbourg pour partager les frais de secrétariat.

2010 : un an après la fusion des trois universités de Strasbourg, la Fondation des Presses universitaires de Strasbourg est créée conjointement par l'Association et par l'Université. L’Association et la Fondation utilisent toutes deux la marque Presses universitaires de Strasbourg, et se répartissent les collections.

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