Un nouveau fragment de Renaut de Montauban mis au jour

16/11/2021

C’est en surfant sur internet que Muriel Ott, chercheuse au sein de l’équipe d’accueil Configurations littéraires, découvre par hasard deux feuillets inédits provenant d’un manuscrit inconnu de la chanson de Renaud de Montauban qu’elle décide de publier.

Quand elle en a le temps, Muriel Ott se rend sur internet en quête de nouvelles publications dans son domaine, à savoir la chanson de geste* consacrée à Ogier le Danois, un chevalier de Charlemagne qui se révolte contre lui suite au meurtre de son fils par celui de l’empereur.

En se rendant un jour sur la page dédiée du site Arlima — Archives de littérature du Moyen Âge —, son sang ne fait qu’un tour. « Dans la liste des manuscrits en décasyllabes supposés contenir la Chevalerie Ogier, sept manuscrits apparaissent ! » Or la chercheuse venait de publier une édition de la chanson fondée sur les cinq témoins la conservant. Le sixième manuscrit signalé par Arlima est un fragment qu’elle connait et ne concerne pas son édition. Reste le septième.

Ni une, ni deux, Muriel Ott entre la cote dans le catalogue de la bibliothèque Mazarine où il est hébergé. Elle apprend alors qu’il s’agit de deux feuillets d’une copie d’Ogier le Danois, intégrés à un recueil regroupant des fragments divers. « Là, je m’effondre, je me préparais à ne plus jamais pouvoir sortir de chez moi », plaisante la chercheuse qui contacte aussitôt le conservateur de la bibliothèque afin d’obtenir des photos.

Presque 200 vers

« En travaillant dessus, je me suis aperçue que le nom d’Ogier apparaissait bien, mais qu’il s’agissait en réalité d’un fragment, composé d’un seul feuillet coupé en deux, de Renaut de Montauban. » L’honneur est sauf.

La célèbre chanson de Renaut de Montauban, conservée dans près de vingt manuscrits, a fait l’objet de plusieurs éditions, fondées sur des manuscrits différents, de date, de longueur et de contenu variables. « L’intérêt de découvrir un nouveau fragment est de voir s’il ne peut pas jouer un rôle dans la tradition manuscrite d’une œuvre », explique Muriel Ott qui évoque pour ce fragment une datation du 13e siècle, « notamment en raison des initiales de laisses, nom donné à une strophe de chanson de geste, alternativement bleues et rouges. »

Le feuillet qu’elle examine avait déjà été signalé en 1975. « Mais la publication faisait état d’une centaine d’alexandrins, alors qu’il y en a presque 200 », souligne Muriel Ott qui pense que le chercheur d’alors n’a tout bonnement pas retourné le feuillet qui était évidemment recto-verso…

Un manuscrit encore inconnu

Grâce à une indication de lieu, « Montfaucon », la chercheuse parvient à retrouver de quel passage il s’agit. En comparant le fragment avec les 10 autres manuscrits qui contiennent également l’épisode, elle se rend compte que le fragment provient d’un manuscrit encore inconnu. « Aucun des autres manuscrits n’a perdu de feuillet à cet endroit et l’écriture ne correspond pas non plus. »

Elle décide ainsi de publier le fragment en 2019 et de le situer dans la tradition manuscrite en précisant les variantes des autres témoins. Un travail de fourmi qui nécessite différents déplacements en bibliothèque et à l’Institut de recherche et d’histoire des textes pour examiner le texte des autres manuscrits, mais aussi et surtout le lent déchiffrement d’un fragment dont l’encre a souvent passé et sur lequel se trouvent des traces de colle.

L’extrait raconte l’épisode où Charlemagne a fait prisonnier Renaut. Ses frères en route pour le délivrer s’endorment de fatigue. Pendant ce temps, Charlemagne s’adresse à ses barons pour le pendre. Chacun refuse tour à tour. « J’ai remarqué que certains des autres manuscrits faisaient disparaitre ce morceau de bravoure. La publication de ce fragment est un jalon de plus dans les recherches sur Renaut de Montauban. » Le manuscrit dont est extrait le feuillet demeure pour sa part introuvable…

Marion Riegert

* Les chansons de geste sont de longs poèmes narratifs chantés du Moyen Âge, célébrant des exploits guerriers.

Le manuscrit

Avant l’invention de l’imprimerie, les œuvres étaient copiées à la main, d’où le nom de manuscrit, littéralement « écrit à la main ». Et ce sur divers supports, dont le parchemin, que l’on appelle aussi des manuscrits. Plusieurs manuscrits, copiés à différentes époques, peuvent renfermer une même histoire avec des variantes en fonction du copiste en charge de la copie du texte.

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