Un prix l’Oréal-Unesco pour étudier les surfaces hyperboliques aléatoires

07/10/2021

Laura Monk compte parmi les 35 jeunes chercheuses à avoir reçu le prix jeunes talents France 2021 l’Oréal-Unesco pour les femmes et la science, dans la catégorie mathématiques et informatique. Ce prix vient récompenser ses travaux de thèse réalisés à l'Institut de recherche mathématique avancée (Irma) sur les surfaces hyperboliques aléatoires.

« Entre matheux, on dit qu’un théorème est beau. Les mathématiques, c’est une discipline qui touche à la créativité. La technique, beaucoup vue à l’école, ne suffit pas. C’est comme un peintre qui aurait un très bon coup de pinceau mais ne saurait pas quoi dessiner… », raconte Laura Monk qui débute ses études à Lille avant de poursuivre en classe préparatoire à Paris puis de faire l’Ecole normale supérieure.

En 2018, alors qu’elle hésite entre enseigner et faire de la recherche, la jeune femme décide d’opter pour une thèse. Grâce au bouche à oreille, elle rencontre Nalini Anantharaman, chercheuse à l'Institut de recherche mathématique avancée (Irma) qui devient sa directrice.

Un peu comme un écrivain

Son sujet ? Les surfaces hyperboliques aléatoires. « Ce sont des surfaces qui ont une forme ressemblant à celle d’une selle de cheval par exemple. » L’originalité étant qu’au lieu de proposer un théorème qui présuppose un résultat quelle que soit la situation, Laura Monk émet des probabilités. « Certaines « surfaces méchantes », comme on les appelle, n’obéissent pas aux théorèmes. Ma stratégie est de dire, la plupart du temps il se passe telle chose, en proposant des probabilités autour de différentes questions comme : quelle est la probabilité de couper la surface en deux ? », détaille Laura Monk qui étudie également les spectres, les sons qui pourraient être émis par ces surfaces.

Des mathématiques fondamentales pour lesquelles il pourra ou non y avoir des applications. Mais ce n’est pas l’essentiel pour la jeune chercheuse. « Ce sont des questions qui m’intéressent ou qui m’amusent. Ce qui me plait dans les mathématiques, c’est que c’est une sorte de ligne de connaissance à laquelle nous participons tous en partageant des idées, des questions, des modèles, des points de vue. Un peu comme un écrivain qui en proposant un roman contribue à la culture. »

Un monde très masculin

Un monde qui reste cependant très masculin, « à chaque étape de mes études, les femmes étaient de moins en moins nombreuses. Je pense qu’en tant que fille on a peut-être plus tendance à s’arrêter aux difficultés, à être moins dans la compétition. C’est normal que ce soit dur, j’ai eu plein de moments de doute, mais ça ne dure pas et ça ne veut pas dire que notre valeur en est affectée. »

Laura Monk a soutenu sa thèse en septembre dernier, depuis, elle s’est envolée pour un post-doctorat à Bonn en Allemagne où elle poursuit ses recherches sur les surfaces hyperboliques. Le prix jeunes talents va lui permettre de s’acheter un nouvel ordinateur mais aussi de voyager afin d’exposer ses travaux et créer de nouvelles opportunités de collaboration.

Marion Riegert

Le prix jeunes talents France l’Oréal-Unesco

Pour la 15e édition annuelle du prix jeunes talents France 2021, la Fondation l’Oréal et ses partenaires, l’Académie des sciences et la Commission nationale française pour l’Unesco, ont récompensé 21 doctorantes et 14 post-doctorantes en France. Ces dernières ont été sélectionnées parmi 740 candidatures par un jury composé de 28 chercheurs de l’Académie des sciences.

Ces scientifiques ont reçu une dotation, 15 000 € pour les doctorantes, 20 000 € pour les post-doctorantes, qui va les aider à poursuivre leurs travaux de recherche. Elles ont également bénéficié d’une formation au leadership visant à leur donner des moyens supplémentaires pour mieux affronter le plafond de verre qui demeure une réalité dans le monde de la recherche.

Pour rappel, les femmes représentent aujourd’hui seulement 33 % des chercheurs dans le monde, et 28 % en France. En Europe, 86 % des hautes fonctions académiques en sciences sont exercées par des hommes. Et moins de 4 % des prix Nobel de science ont été décernés à des femmes. Un écart qui se creuse d’autant plus avec la crise liée à la COVID-19.

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