Etude de l’âge épigénétique dans la dégénérescence maculaire liée à l’âge

15/02/2022

En 2040, 288 millions de cas de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) devraient se déclarer dans les pays développés. Louise Porter, maître de conférences des universités - praticien hospitalier à l’Institut de génétique médicale d'Alsace, s’intéresse à cette maladie, première cause de cécité dans nos pays, qui touche essentiellement des personnes de plus de 50 ans. Dans une étude, elle a montré qu’il n’y avait pas de différence entre l’âge épigénétique* du sang des patients atteints de DMLA et leur âge chronologique.

« La DMLA est la maladie courante la mieux décrite au niveau génétique. Disposant de multiples causes, elle atteint la rétine centrale. Il n’existe actuellement qu’un traitement efficace dans 10% des cas, et uniquement chez les malades atteints de formes avancées », souligne Louise Porter. En plus des traits génétiques, cette dernière s’intéresse plus particulièrement au rôle de l’épigénétique dans les DMLA débutantes et intermédiaires, et notamment à l’influence du tabagisme, premier facteur de risque environnemental, et de l’acide folique, influencé par les apports nutritionnels . « Les fumeurs ont un risque quatre à douze fois plus élevé de développer la maladie », précise la chercheuse.

En 2019, alors qu’elle est à l’Université de Liverpool, Louise Porter publie une première étude sur la méthylation de l’ADN dans la DMLA, principal mécanisme épigénétique impliqué dans la régulation des gènes qui consiste en une modification chimique d’une base de l’ADN. « Nous avons ainsi identifié trois gènes dont le niveau de méthylation changeait chez les sujets atteints, dont deux nouveaux et un déjà associé à la maladie. »

Une accélération de l’âge épigénétique chez les fumeurs

Dans cette nouvelle étude, Louise Porter a souhaité voir si l’âge épigénétique du tissu rétinien et du sang des patients atteints de DMLA était plus avancé que leur âge chronologique. Pour ce faire, une analyse de sang est réalisée sur 14 patients atteints de DMLA et 16 patients contrôle. Une autre analyse de l’épithélium pigmentaire rétinien, une couche cellulaire apposée contre la face externe de la rétine, est également faite sur 48 patients au total.

« Nous avons découvert qu’il n’y avait pas de changement au niveau de l’âge épigénétique entre les patients avec DMLA et les patients contrôle. » Des analyses sont également ciblées sur les fumeurs, qu’ils soient malades ou non. Résultat : « Le fait de fumer altère l'ensemble des modifications épigénétiques d'une cellule avec une accélération de l’âge épigénétique notée chez les fumeurs. »

Le gène Raptor impliqué

Louise Porter va désormais s’intéresser aux régions du génome méthylées dans la DMLA. « Voir si la différence est encore plus grande chez les personnes qui fument. »

En couplant les informations récoltées, les chercheurs ont également identifié le rôle du gène Raptor dans la méthylation ADN de patients avec DMLA. Il s’agit d’une protéine adaptatrice impliquée dans la régulation de l'activité du complexe mTORC1. Ce dernier possède un rôle central dans le vieillissement, il régule la croissance cellulaire, la réponse au stress et inhibe l'autophagie. « Raptor est un gène contrôle connu, cette découverte confirme que le développement de traitements visant ce gène est pertinent. »

Marion Riegert

*L’âge épigénétique, calculé à partir des niveaux de méthylation de nombreux sites distincts de l’ADN, est un biomarqueur précis de l’âge biologique, avec des accélérations de l’âge épigénétique notées dans certaines maladies dégénératives dont la maladie d’Alzheimer, et des accélérations et décélérations notées dans certains cancers.

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