Le foot, vecteur de radicalité ?

02/02/2017

Suite aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris, le CNRS, par la voix de son président Alain Fuchs, a lancé un appel aux chercheurs, les enjoignant à apporter des éclairages nouveaux sur les phénomènes de radicalisation. Le sociologue William Gasparini et son équipe ont enquêté durant plusieurs mois pour savoir si les clubs de football amateur pouvaient être des vecteurs de radicalité...


« Communautarisme et radicalisation ne vont pas forcément de pair. C’est une des leçons de notre enquête », explique William Gasparini, chercheur au sein du laboratoire « Sport et sciences sociales ». L’enquête en question ? Huit mois de recherche sur d’éventuels phénomènes de prosélytisme religieux voire de radicalisation dans le football amateur, un travail d’investigation lancé à la suite de l’appel à projet CNRS Attentat-recherche et d’une note du Service central du renseignement territorial pointant une vingtaine de cas de dérives religieuses dans des clubs de sport (note rendue publique  en octobre 2015).

« Lorsque j’ai commencé cette enquête avec mon équipe, je suis allé voir ce qu’on appelle des informateurs en sociologie : la police, les renseignements territoriaux régionaux, la mairie de Strasbourg, des éducateurs sportifs de la ligue d’Alsace de football, explique le sociologue. Nous avons essayé de déterminer les lieux de sport où il pouvait y avoir une empreinte du religieux. »

Footballeur enquêteur

Parmi son équipe constituée de quatre chercheurs, un doctorant footballeur avait à charge de réaliser des observations in situ, en s’invitant dans plusieurs clubs ou sur des terrains en accès libre, comme sur la plaine des sports à Hautepierre où des regroupements sportifs se font spontanément le dimanche matin. « On pratique, on met en confiance et on observe pour connaître ces milieux de l’intérieur. »

Résultat ? Les chercheurs n’ont pas détecté de phénomènes de radicalisation dans le football amateur, même si des regroupements communautaires existent. Pour autant, ceux-ci sont moins fréquents qu’il y a quinze ans, comme le révèle l’analyse réalisée par Sandrine Knobé et Michel Koebel sur l’origine des noms des licenciés des clubs de foot alsacien – près de 80 000 personnes au total – et ne constituent souvent rien d’autre qu’une « forme de lien social ».

En revanche, le sociologue note une religiosité plus marquée dans certains clubs, plutôt situés dans des quartiers prioritaires. « Nous avons observé quelques fois des prières dans les vestiaires. Parfois, les joueurs portaient un short durant la douche collective, signe peut-être d’un rapport religieux au corps nu, remarque William Gasparini. Ces petits détails montrent que la présence du religieux est peut-être plus importante qu’il y a dix ou quinze ans dans certains clubs, mais ce n’est pas un phénomène majoritaire. » Pour le sociologue, la radicalisation se passe en dehors de clubs de sport, lors d’activités sportives auto-organisées dans les parcs ou sur des agrès de plein air. « Les radicalisés s’inscrivent dans un processus de rupture avec leur milieu. Ils se mettent en marge des structures. »

Des biographies à la loupe

Dans le prolongement de cette enquête, William Gasparini décortique actuellement les biographies des français partis faire le djihad, qu’ils soient ou non devenus terroristes. Premier constat : beaucoup ont pratiqué un sport, ce qui interroge le chercheur. « Sachant que les clubs forment à la citoyenneté en apprenant le vivre ensemble et le respect de l’adversaire, comment se fait-il que certains jeunes qui ont pratiqué un sport licencié en arrivent à basculer dans une dérive sectaire ? » C’est ce phénomène, passé inaperçu, que le sociologue s’efforce désormais de comprendre.

Ronan Rousseau

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