Parcours de vie des mineurs isolés étrangers

22/06/2018

Educateur spécialisé de métier, Dieudonné Kobanda Ngbenza s’est interrogé sur le parcours de vie des enfants isolés étrangers rencontrés pour certains dans le cadre de son travail. Ses recherches réalisées au sein du laboratoire Dynamiques européennes principalement à Strasbourg, en région parisienne et en Belgique, lui ont permis durant 5 ans de côtoyer 252 jeunes de 42 nationalités.

Ils sont 6 000, 10 000 selon les sources, peut-être plus, certains sont livrés à eux-mêmes, d’autres en foyer… De leur parcours de vie à leur intégration dans la société, Dieudonné Kobanda Ngbenza s’est intéressé aux mineurs isolés étrangers, un phénomène qui s’amplifie depuis les années 90. Pour sa thèse, le sociologue s’est appuyé sur des observations et des rencontres de terrain dont certaines effectuées dans le cadre de son travail. Il a particulièrement choisi 33 profils de mineurs isolés dont 8 qui ont été suivis dans la durée.

« C’est une étude qui se fait sur le long terme, car il faut d’abord créer un climat de confiance. « Isolés » signifie que personne sur le territoire français ne détient sur eux l’autorité parentale au sens juridique du terme », souligne le chercheur associé au sein du laboratoire Dynamiques européennes qui se souvient d’un garçon de 15 ans. Interrogé sur la manière dont il était parvenu à payer les 3 500 euros du passage depuis le Rwanda, il refusait de répondre. « Nous avons appris plus tard qu’il avait été enfant soldat et avait participé au braquage d’un trafiquant de pierres précieuses ».

Une typologie mise en évidence

Une longue observation auprès de ces jeunes a permis au sociologue de constater des récurrences qui l’ont conduit à établir une catégorisation relative aux mineurs isolés : « émancipés » et « non émancipés ». Les premiers sont « ceux qui déjà dans leurs pays, avant de venir en France, vivaient de façon indépendante et autonome. » Les seconds sont des jeunes qui « font l’expérience de l’isolement, c’est-à-dire, de l’absence de l’autorité parentale, en arrivant en France. Ils paraissent souvent plus fragiles car l’isolement est pour eux un facteur nouveau qui peut engendrer du stress et des traumatismes. »

Pour atteindre la France, ces jeunes font souvent recours aux passeurs qui leur offrent quelquefois des kits tout compris : argent contre mise à disposition des documents de voyage, puis voyage et démarches pour l’obtention des papiers dans le pays d’immigration.  

Des examens pour déterminer l’âge des jeunes

« Dès leur arrivée, ces enfants sont systématiquement soupçonnés par les pouvoirs publics de mentir sur le caractère réel de leur isolement, sur leur identité et sur leur âge. En conséquence, ils sont très souvent soumis à des tests médicaux en vue de déterminer leur âge. Des tests médicaux très contestés car il y a une marge d’erreur de 18 à 24 mois… », souligne Dieudonné Kobanda Ngbenza. Après quoi, seul le mineur reconnu comme tel est orienté vers un centre d’accueil stable en application de la circulaire Taubira du 31 mai 2013. « Les mineurs pris en charge en foyer réussissent deux fois mieux que les élèves français du même âge. Ils font tout pour apprendre et il n’y a jamais de problème de comportement », note le sociologue.

« A Paris où un jeune sur deux est dans la rue, la procédure peut prendre plus de temps et bien souvent des jeunes arrivés alors qu’ils n’avaient que 16,5 ans sont pris en charge peu avant leur majorité et envoyés directement à l’hôtel. » Suite à sa thèse, Dieudonné Kobanda Ngbenza a publié un ouvrage sorti en avril 2016 chez L’Harmattan : « Enfants isolés étrangers. Une vie et un parcours faits d’obstacles. » Actuellement, responsable dans un centre d’hébergement pour personnes sans abri à Nanterre, le chercheur poursuit ses investigations sur ce sujet peu étudié et prépare un article sur le travail des passeurs.

Marion Riegert

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