Une réaction chimique centenaire réinventée

02/07/2018

Une équipe du Laboratoire d’innovation thérapeutique a mis au point une nouvelle réaction chimique, en s’inspirant d’une réaction connue depuis un siècle.

La réaction de Doebner est utilisée en chimie depuis 130 ans. Elle permet de fabriquer, en une seule étape, des quinolines, des composés intéressants en pharmacologie. « C’est un peu comme si, pour assembler une voiture, vous pouviez mettre en même temps les pneus et le moteur, au lieu d’attendre plus loin sur la ligne d’assemblage » explique Laurent Désaubry, chef de groupe au Laboratoire d’innovation thérapeutique. En exigeant moins d’étapes, la réaction de Doebner présente l’avantage d’être à la fois plus efficace, plus économique et moins polluante que beaucoup d’autres. Elle est donc encore largement utilisée par les chimistes comme un outil performant pour obtenir des quinolines. C’est pour cette raison que l’équipe de Laurent Désaubry décide de l’utiliser, mais en remplaçant un de ses trois éléments : l’acide pyruvique, par un amide pyruvique, de manière à obtenir directement des quinolines portant une fonction amide.  A leur grande surprise, ce léger changement donne un résultat radicalement différent de celui attendu: l’équipe obtient un dihydropyrrole. Cette classe de composés est bien moins connue et étudiée que les quinolines et pour cause : elle est plus difficile à obtenir par réaction chimique. L’équipe de Laurent Désaubry vient donc de découvrir une manière simple et efficace de fabriquer ce type de composés originaux. 

Un vaste champ des possibles

« Les dihydropyrroles sont très peu décrits, donc on connaît mal leurs effets. Ils pourraient aussi bien éliminer les mauvaises herbes que guérir le cancer ou le diabète, le champ à explorer est très vaste ! », s’enthousiasme le chercheur. Une première piste vers l’utilisation possible du dihydropyrrole obtenu a été découverte lorsqu’un collègue chinois de Laurent Désaubry a remarqué qu’il bloquait efficacement un enzyme impliquée dans le traitement du diabète de type 2. « Son action est même supérieure à celle d’un médicament proposé dans le commerce», remarque-t-il.

Mais la question qui intéresse le plus les chimistes est celle des nouvelles réactions qui se cachent derrière cette découverte. Grâce à leur analyse, les mécanismes qui ont produit les dihydropyrroles à la place des composés originellement attendus sont maintenant compris. Laurent Désaubry prévoit d’ « inventer de nouvelles réactions à partir de cette découverte. » Ce qui est parti d’une observation fortuite pourrait ouvrir la porte à de nombreuses découvertes dans le futur.

Léa Fizzala

Établissement associé de l'Université de Strasbourg
Fondation Université de Strasbourg
Investissements d'Avenir
Ligue européenne des universités de recherche (LERU)
EUCOR, Le Campus européen
CNRS
Inserm Grand Est
HRS4R