Regards croisés de chercheurs sur le logiciel libre

03/07/2018

Qu’il soit un outil de pointe pour la physique appliquée ou un sujet passionnant du point de vue d’un juriste, le logiciel libre  est présent sous de nombreuses formes dans le monde de la recherche.

Ingénieur de recherche en calcul scientifique, Matthieu Boileau fait des mathématiques appliquées à la physique. Il produit et utilise des logiciels libres dans sa pratique de la recherche. Dans son travail de développeur, il aborde le logiciel libre à la fois comme une boite à outils pleine de possibilité et comme un instrument plus performant que la concurrence. « Il m’arrive de corriger des bugs, de contribuer, les outils d’aujourd’hui invitent l’utilisateur à s’associer à des projets existants pour les améliorer. »

Il apprécie la souplesse offerte par le logiciel libre dans la création d’outil sur mesure pour un travail de recherche de pointe. « Le libre permet d’avoir accès aux sources du code, donc de le comprendre et de pouvoir le modifier. Pour un travail de recherche c’est une adaptabilité nécessaire. Nous n’aimons pas les logiciels clés en mains qui sont trop rigides. »

Cette souplesse, le logiciel libre la doit à son statut juridique particulier, « à la définition encore incertaine », explique Franck Macrez, chercheur en droit de la propriété intellectuelle. Dans son travail, le juriste analyse les textes de droit existants et devient souvent une force de proposition auprès des grandes instances législatives. « Le logiciel est considéré en Europe comme une œuvre de l’esprit et il est protégé par le droit d’auteur. Il est sous licence libre, qui autorise les modifications et les réutilisations mais à certaines conditions. »

Des communautés hyperactives : la force du logiciel libre

Une des conditions est l’accessibilité totale du code source à tous les contributeurs. Chaque personne qui modifie le logiciel doit donc rendre visible le code source transformé. Matthieu Boileau considère cette spécificité comme « une force du logiciel libre », qui bénéficie des retours et des améliorations des nombreux membres très actifs de ses communautés. Un avantage qui lui donne  « une réelle longueur d’avance sur les logiciels propriétaires, qui s’adaptent moins vite et ont parfois plus de mal à rester à jour pour une recherche de pointe. » Le langage informatique Python, qui possède une communauté très active, en particulier pour les applications scientifiques, est un bon exemple de cette autorégulation par les utilisateurs.

Le nouveau cheval de bataille de Franck Macrez, c’est l’interopérabilité. Un mot complexe que le chercheur définit tout simplement : « prenez un chargeur de téléphone, si demain vous partez en vacances au Royaume-Uni, votre chargeur n’est pas interopérable. Il ne fonctionne pas sur tous les systèmes. »

Invité au ministère de la Culture, le juriste a participé à des discussions autour des liseuses numériques. Certains éditeurs aimeraient pouvoir proposer leurs livres aux différentes liseuses présentes sur le marché, ce qui n’est pas possible actuellement et qui nécessiterait que les fournisseurs comme la FNAC ou Amazon livrent une partie de leur code, ou simplement une méthode pour pouvoir publier sur leurs machines. Une initiative louable mais « seulement un premier pas », pour Franck Macrez, qui imagine une interopérabilité étendue à « l’ensemble du marché numérique ».

Pour en savoir plus

Les Rencontres mondiales du logiciel libre se tiendront du 7 au 12 juillet à Strasbourg. Des conférences, des ateliers et des tables rondes permettront au grand public de s’informer et de découvrir le logiciel libre.

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