Le point sur l’enseignement universitaire de la théologie musulmane

05/07/2018

De la France à l’Allemagne en passant par la Turquie, l’enseignement universitaire de la théologie musulmane varie en fonction des pays. Décryptage avec Francis Messner qui s’est intéressé à ce sujet au côté de Moussa Abou Ramadan à travers un ouvrage paru en avril 2018.

Dans le cadre de l’appel à projet « Islam, religion et société » mis en place par le Ministère de l’intérieur afin de relancer la recherche sur l’islamologie, Francis Messner, chercheur au sein de l’unité mixte de recherche Droit, religion, entreprise et société a décidé de se pencher sur cette question épineuse au côté de Moussa Abou Ramadan.

Ces deux chercheurs ont opté pour une démarche résolument comparatiste en étudiant avec des spécialistes de ces domaines les théologies universitaires des pays européens mais également de l’Egypte et de la Turquie. Ils se sont intéressés au contenu des disciplines enseignées et aux modes de fixation du statut juridique de la théologie par les autorités publiques. « Nous sommes dans l’idée d’un contre discours. Face aux discours intégristes, littéralistes et communautaristes, les universités peuvent produire un discours différent. »

D’une approche universitaire…

En Europe, l’Allemagne et l’Autriche ont créé des facultés de théologie musulmane dans les universités publiques, soit cinq en Allemagne depuis 2010 et une en Autriche depuis 2017. « La plupart des disciplines qui y sont enseignées, le sont ailleurs à l’université comme en histoire. La méthode est la même que dans les facultés des sciences historiques. C’est une approche universitaire », note le chercheur qui précise qu’en Europe les facultés de théologie de manière générale ont été créées pour intégrer les groupes religieux dans la société. Ces facultés de théologie musulmane forment essentiellement des professeurs de religion, plus rarement des imams.

En France, la situation est plus complexe, les facultés de théologie ayant été supprimées de l’enseignement public par la loi de séparation des églises et de l’Etat de 1905. Seules les trois département de l’Est (Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle) bénéficient d’un droit local facilitant l’enseignement de la théologie dans le cadre d’universités publiques. Mais pas de théologie musulmane : « La création d’une telle faculté suppose que tous les acteurs soient d’accord… Pour le moment,  l’Université de Strasbourg,  a mis en place un master d’islamologie qui deviendra un master mondes musulmans à la rentrée 2019 », souligne Francis Messner.

…A une approche littéraliste des textes 

Pour étudier la théologie musulmane en France, les publics concernés doivent se tourner vers des établissements d’enseignement supérieur privé délivrant des diplômes non reconnus et non évalués par l’Etat. « Ils facilitent la connaissance de l’islam et sont essentiellement fréquentés par des jeunes qui souhaitent redécouvrir cette religion parfois en complément d’autres études. »

Dans les états musulmans où les services publics ne sont pas toujours séparés du religieux, la démarche historico-critique telle qu’elle est pratiquée en Europe n’est pas systématiquement au centre de la méthodologie dans les facultés de théologie. « Il existe dans certains pays une permanence de l’approche littéraliste des textes », explique le chercheur. Côté débouchés, en Turquie par exemple, de nombreux étudiants en théologie deviennent cadre dans une banque ou dans la fonction publique. « C’est un diplôme comme un autre. »

Marion Riegert

Un master 2 « Interreligieux et société » à la rentrée

Le master 2 européen « Interreligieux et société » fera sa première rentrée en septembre 2018 à l’Université de Strasbourg. Ce master, labellisé par le réseau EUCOR – Le Campus européen, porte sur la connaissance et la pratique du dialogue interreligieux. Il est développé dans le cadre du projet européen INTER-RELIGIO. Dirigé par Francis Messner, ce réseau interuniversitaire cofinancé par l’Union européenne associe six établissements d’enseignement du territoire du Rhin Supérieur pour répondre aux défis posés par la cohabitation religieuse de nos sociétés.

Un diplôme d’université avait déjà été mis en place dans le cadre du projet INTER-RELIGIO. Intitulé « Connaissances et pratiques de l’interreligieux », il accueillera quant à lui sa deuxième promotion en septembre pour l’année universitaire 2018/2019. Cette formation a ouvert en janvier dernier en condensant les enseignements sur six mois. Forte de son succès, elle sera désormais proposée sur une année. Objectif : approfondir ses connaissances sur les éléments fondamentaux des quatre grandes religions (christianisme, judaïsme, islam et bouddhisme) par l’intermédiaire d’une approche académique.

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