Un nouvel éclairage sur la vie du Buddha

09/07/2018

Spécialiste de l’histoire comparée des religions et notamment de celles de l’Inde ancienne, Guillaume Ducoeur vient de publier un commentaire de La vie du Buddha, Lalitavistara sūtra. Référence majeure de l’histoire du fondateur du bouddhisme en Asie puis en Europe, cet ouvrage du 2e siècle ap. J.-C. a entre autres été utilisé pour bâtir la trame narrative du film Little Buddha de Bernardo Bertolucci.

Il est de tradition depuis la première chaire d’histoire des religions à Strasbourg, qui va fêter son centenaire par un colloque en 2019, de travailler sur les figures construites des fondateurs de courants religieux. Guillaume Ducoeur, lui, a opté pour une analyse de La vie du Buddha, figure à laquelle la recherche s’intéresse depuis la deuxième moitié du 19e siècle. Le tout, sous forme d’édition commentée permettant d’exposer l’histoire rédactionnelle et doctrinale de ce sūtra bouddhique.

« Il ne s’agissait pas pour moi de faire une restitution historique de la vie du fondateur car les écrits en notre possession sont des textes confessionnels comme tout autre écrit religieux », souligne le chercheur, directeur de l’Institut d’histoire des religions de la Faculté des sciences historiques, pour qui l’intérêt est plutôt d’essayer de déterminer les facteurs historiques à l’origine de la construction de cette figure fondatrice par la communauté bouddhique même. Un travail qui se fait par une approche historico-critique des sources textuelles et des données archéologiques ainsi que du contexte social de l’Inde ancienne.

Une grande figure cosmique

Une vingtaine de manuscrits sanskrits de La vie du Buddha, Lalitavistara sūtra existent à travers le monde, Guillaume Ducoeur a travaillé directement sur le texte original fixé au 7e siècle et sur ses deux traductions chinoises de 308 et 683 qui lui ont permis d’avoir des versions intermédiaires mettant en lumière les évolutions du texte depuis le 2e siècle. Ces sources font apparaître l’importance de la figure du boddhisattva, être en voie vers l’éveil, durant une période où le bouddhisme mahāyāna, en plein essor, était en concurrence avec le vishnouisme.

« Ceci a obligé le bouddhisme à se positionner sur la figure de son fondateur. Nous pouvons alors observer l’exaltation d’une figure bouddhique qui assimile par certains côtés les natures et fonctions de Viṣṇu notamment sous l’apparence de Kṛṣṇa. Le Buddha n’est plus un simple maître spirituel mortel mais plutôt une grande figure cosmique éternelle ou Bhagavant qui descend par compassion dans le monde phénoménal pour permettre aux humains de sortir du cycle des transmigrations dépassant ainsi les autres dieux. En somme, pour ces mahāyānistes, il incarne la manifestation de la réalité absolue (tathatā) dans le monde humain ». Un aspect qui n’apparaît pas dans les textes des écoles bouddhiques anciennes.

Marion Riegert

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