Faut-il réguler l’intelligence artificielle dans les marchés financiers ?

09/10/2018

Thibault de Ravel d’Esclapon, spécialiste en droit des affaires, a décidé de s’attaquer à un domaine peu étudié du point de vue du droit : celui de l’intelligence artificielle (IA) dans les marchés financiers. Bénéficiant d’un financement Idex (initiative d’excellence) pour deux ans, il part à la rencontre de professionnels du secteur et de chercheurs. Objectif : Réaliser un livre blanc sur la nécessité ou non d’encadrer l’IA dans le domaine bancaire et financier.

Pourquoi

Recruté le 1er septembre 2017, Thibault de Ravel d’Esclapon, membre de l’unité mixte de recherche Droit, religion, entreprise et société, entend parler de l’Idex attractivité destinée aux chercheurs nouvellement arrivés. Partant du constat que le monde de la bourse a changé avec l’arrivée de l’intelligence artificielle (IA), le chercheur décide de profiter de l’Idex pour étudier ce domaine en pleine ébullition où beaucoup reste à faire en matière de droit. « L’IA a autant d’implications sur le monde de la finance que les voitures autonomes dans le domaine des transports. Elle permet un grand nombre d’échanges financiers via le trading à haute fréquence notamment où des ordinateurs peuvent investir 1 million d’ordres en une nano seconde. Pour le domaine bancaire, les chatbots, ces agents conversationnels, sont en pleine évolution », précise le chercheur.

L’objectif 

Thibault de Ravel d’Esclapon souhaite étudier les pratiques et les usages de l’intelligence artificielle dans les domaines bancaire et financier. « L’idée serait de faire des préconisations, notamment en terme d’utilisation des données et de cybersécurité. Il faut réfléchir aux enjeux juridiques des pratiques de l’intelligence artificielle, sans oublier les aspects sociaux, éthiques, économiques et financiers », résume le chercheur qui souhaite in fine proposer un livre blanc sur la nécessité ou non d’encadrer l’intelligence artificielle et de quelle manière. « La régulation peut se faire à plusieurs niveaux : français, européen ou mondial. Mon papier sera avant tout à destination académique, mais je ne désespère pas d’être écouté plus haut. »

Avec qui 

Economie, mathématiques, informatique, sociologie… Pour donner plus de légitimité à son projet et favoriser l’émulation, Thibault de Ravel d’Esclapon souhaite regrouper différentes compétences et multiplier les échanges. Des partenariats ont été mis en place avec le laboratoire ICube mais aussi l’Université de Montréal, eldorado de l’intelligence artificielle. « J’invite et je réfléchis également avec des professionnels du secteur comme des banques à l’image du Crédit Mutuel, des entreprises de marché, des FinTech (sociétés qui révolutionnent l’économie à partir des nouvelles technologies) ou encore des régulateurs luxembourgeois, espagnols ou français.

Comment 

L’émulation se fait au gré des séminaires, des colloques, des manifestations et des publications. Le premier rendez-vous a eu lieu le 21 septembre 2018 sous forme de workshop consacré aux pratiques et aux usages de l’intelligence artificielle dans le domaine bancaire. Professionnels, étudiants, banquiers et chercheurs, 120 personnes ont répondu à l’appel. La matinée était dédiée à la compréhension des techniques de l’IA avec des informaticiens d’ICube ou encore du Crédit Mutuel. « L’après-midi, nous avons réfléchi aux enjeux juridiques et achevé la journée par un rapport conclusif de Nicolas Théry, président du Crédit Mutuel. » Prochaine étape : un séminaire de réflexion sur le trading à haute fréquence en décembre. Une émulation qui ne cesse d’ouvrir de nouvelles perspectives de réflexion à notre chercheur dont le projet va se construire au fil des rencontres.

Marion Riegert

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