La génétique pour mieux comprendre certaines maladies neurosensorielles

09/01/2019

Série Prix espoirs 2018. Biologiste médical à l’Université de Strasbourg et aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg, Jean Muller s’intéresse à la compréhension des gènes impliqués dans certaines maladies neurosensorielles entrainant des anomalies ophtalmologiques. En septembre 2018, un Prix espoirs est venu récompenser ses travaux.

Après une maitrise de biologie moléculaire et un master professionnel compétences complémentaires en informatique à l’Université de Strasbourg, Jean Muller se lance dans une thèse autour de l’analyse du cytosquelette, le squelette de nos cellules, par des approches bioinformatiques. « Au cours de mes recherches, j’ai contribué à identifier deux gènes responsables d’une pathologie génétique touchant la vision : le syndrome de Bardet-Biedl. »

Ce syndrome compte parmi les ciliopathies, un groupe de maladies causées par le dysfonctionnement du cil, un organelle de notre cellule, et en particulier les cils primaires. Il se traduit notamment par des dommages causés à la rétine conduisant à la cécité. Ses recherches se poursuivent par un post-doctorat dans un laboratoire européen de biologie moléculaire à Heidelberg. A Strasbourg depuis 2009, Jean Muller officie en tant que maitre de conférences des universités - praticien hospitalier.

Des maladies hétérogènes

Après un passage par l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC), il intègre en 2015 le Laboratoire de génétique médicale (LGM) du professeure Hélène Dollfus, reconnu en matière de génétique des maladies rares. Le chercheur y travaille sur l’identification des causes et la compréhension des mécanismes de maladies neurosensorielles. En particulier celles qui entrainent des anomalies ophtalmologiques comme le syndrome de Bardet-Biedl ou celui d’Alström.

Problème, ces maladies sont hétérogènes, c’est-à-dire que plusieurs gènes codent pour la même pathologie. Pour découvrir quels gènes sont impliqués, Jean Muller part d’abord du patient. « Ils viennent de la France entière. Après le diagnostic clinique réalisé par un médecin, nous apportons une preuve moléculaire à travers le séquençage de l’ADN de ces patients au laboratoire de diagnostic génétique. S’il est positif nous confirmons le diagnostic, si c’est négatif nous poursuivons, avec l’accord des patients, les investigations génétiques. »

Des applications pour interroger notre génome

Pour avoir une meilleure compréhension des voies et identifier de nouveaux gènes impliqués dans ces pathologies, le chercheur travaille également en collaboration avec d’autres équipes de modèles animaux comme le poisson zèbre, la levure… « Il y a aussi un volet bioinformatique très important dans lequel je contribue à développer des applications permettant de mieux interroger notre génome. La difficulté réside notamment dans notre capacité à identifier parmi les 4 à 5 millions de variations observées entre le génome d’un patient et le génome de référence, la ou les variations causales de la pathologie en question. »

Ses recherches ont récemment fait l’objet de deux publications en mai 2018. Une première, dans le journal « Human mutation », porte sur la découverte de mécanismes moléculaires rares identifiables uniquement par le séquençage du génome complet humain. Une seconde dans « Bioinformatics » concerne un outil d’annotations des variations de structure de notre génome. « Toutes ces avancées permettent de créer des briques de compréhension. Pour les patients, il est important de développer notre capacité à analyser le génome complet dans le cadre de ces maladies rares et de manière plus générale », souligne le biologiste médical qui va notamment utiliser le Prix espoirs pour financer des réactifs destinés à réaliser des séquençages du génome complet.

Marion Riegert

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