La cliométrie fait rimer Histoire et économie

26/09/2019

Claude Diebolt, directeur de recherche CNRS au sein du Bureau d’économie théorique et appliquée (BETA), fait partie de la seule Unité mixte de recherche (UMR) dédiée à la cliométrie en France. Depuis sa thèse de doctorat et aujourd’hui 25 ans de carrière au CNRS, il a su développer ce domaine à cheval entre économie et Histoire.

« Cliométrie vient de « Clio » qui est la muse de l’histoire et de « métrie », l’art de la mesure », explique d’emblée Claude Diebolt. « Je la définis habituellement comme la projection quantitative des sciences sociales dans le passé. » La cliométrie est ainsi à cheval entre l’économie, où nombre de modèles théoriques mathématisés sont en jeu et l’Histoire, où les chercheurs sont plus ancrés dans l’interprétation même des faits.

La discipline, assez récente en France, s’est d’abord développée aux Etats-Unis. « Elle est consacrée en 1993 par l’attribution du prix Nobel d’économie à Robert Fogel et Douglass North, pour avoir renouvelé la recherche en histoire économique par l’application de la théorie économique et des méthodes quantitatives aux changements économiques et institutionnels. »

Analyser le passé pour comprendre le présent

Suite à cette reconnaissance majeure, le chercheur a progressivement introduit la cliométrie en France. « Mais l’imposer dans ce pays n’a pas été chose facile », révèle Claude Diebolt. Grâce à des financeurs américains et allemands qui ont cru en son projet, il a notamment créé la revue Cliometrica qui fait partie du top 5 des revues académiques en histoire économique. Il a également fondé l’Association française de cliométrie.

« Dans ce domaine, on est dans le contrefactuel, c’est-à-dire que l’on étudie des événements historiques et la manière dont cela se serait déroulé en omettant ou en rajoutant volontairement un facteur, par exemple la mise en place de politiques monétaires expansionnistes pour étudier leurs effets sur l’activité économique des pays après la crise de 1929. » Cela permet de mesurer l’impact de chaque paramètre, de comprendre la relation de cause à effet. « Analyser le passé permet aussi d’éviter de refaire les mêmes erreurs, se départir des mythes et de proposer de nouvelles théories », explique le chercheur.

L’intuition du chercheur

Par exemple, une des théories proposées par le chercheur est que dans la suite du 21e siècle, la femme va prendre de plus en plus de place dans le développement de l’économie. Une intuition que Claude Diebolt a eue il y a de cela une dizaine d’années. « On voit déjà que les femmes sont plus présentes dans l’enseignement supérieur, et par la suite il y en aura plus à des postes à hautes responsabilités. »

Pour démontrer sa théorie, le chercheur mobilise systématiquement des archives historiques, des modèles appliqués et des études empiriques sur le capital humain tout particulièrement. « C’est une entreprise d’une grande humilité, vous savez avec certitude quand vos fouilles démarrent, vous ne savez jamais quand elles vont s’achever. » Aussi, comme Claude Diebolt aime à le dire, citant la saga Star Wars : « Que la force….demeure en nous tous ! »

Vanessa Narbonne

La « Bible de la Cliométrie »

En 2013, Claude Diebolt commence à concevoir la première édition du livre Handbook of Cliometrics, achevée en 2016. Depuis septembre 2019, une deuxième édition revue et augmentée est disponible. L’ouvrage, de près de 1 800 pages a été écrit avec la participation des meilleurs spécialistes mondiaux de la discipline.

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