De l’enseignement traditionnel au numérique, un passage obligé ?

20/10/2020

[Série] Regards croisés de chercheurs sur la Covid-19 : enseignement. Dans le cadre d’Eucor – le campus européen, les universités de Strasbourg, Bâle et Mulhouse se sont alliées autour d’une enquête sur le passage de l’enseignement traditionnel à l’enseignement en ligne durant le confinement. Enseignants-chercheurs, professeurs agrégés et certifiés, vacataires, de 25 à 65 ans, 612 réponses ont été enregistrées, dont 353 pour Strasbourg.

« Jusqu’à maintenant, les recherches montraient que les enseignants étaient dubitatifs face au numérique mais, avec le confinement, ils n’ont pas eu le choix. La question étant de savoir s’il s’agit d’un changement temporaire ou d’une évolution profonde et durable », souligne Jacques Audran, directeur du Laboratoire interuniversitaire des sciences de l’éducation et de la communication (Lisec), qui travaille sur les questions d’enseignement à distance depuis les années 2000. Le chercheur détaille les premiers résultats de l’enquête menée du 15 mai au 15 juin 2020 dans l'enseignement supérieur et portant sur trois périodes : avant, pendant et après le confinement.

Avant

Questionnés sur l’utilisation des outils numériques dans le cadre de leur enseignement, les interrogés sont 14% à déclarer ne pas s’en servir du tout et 14% à s’en servir de manière régulière. « Il y a plus de 70% d’utilisateurs occasionnels avant le confinement, plus que ce qu’on pourrait penser. » Parmi les utilisateurs, 50% se considèrent même comme « natifs numériques » et les autres comme « immigrants numériques ». La grande majorité, plus de 60%, déclarent se servir principalement des outils numériques pour mettre leurs cours à disposition. « Ce n’est pas étonnant, nous savons qu’à l’université le numérique sert plus à la diffusion de ressources qu’à mener des interactions avec les étudiants. » Ainsi, seuls 20% des enseignants utilisent des forums de discussion. L’enquête montre également que le recours à la vidéo reste rare : près de 80% des interrogés déclarent ne jamais l’utiliser.

Pendant

Pendant le confinement, un peu plus de 10% des utilisateurs indiquent qu’ils ont « baissé les bras », parmi eux un peu plus de 3% n’ont pas le matériel, les connaissances techniques ou un accès fiable à internet. 53% se sont tout de même lancés dans l’aventure sans forcément disposer d’une expérience antérieure. « Alors que 10% se disent très confiants dans leur capacité à assurer des cours à distance, 36% se sentent même assez compétents, et beaucoup pensent qu’ils sont finalement ouverts à ce type d’enseignement. » Concernant le soutien des universités, les interrogés n’ont pas montré beaucoup d’optimisme et un peu plus de la moitié déclare ne pas trop y compter. « Tous sont également d’accord pour dire qu’il a fallu faire face à l’urgence et que l’enseignement en ligne demande beaucoup d’investissement en termes de temps. »

Après

« Sur ces données, nous avons encore peu de recul car nous avons demandé aux interrogés d’anticiper leurs pratiques futures. En mai et juin, 40% pensent que l’expérience de l’enseignement à distance aura un effet plutôt modéré sur leurs pratiques. » Tout en déclarant que la période est formatrice et qu’ils se sentent plus préparés. « Ils n’ont peut-être pas envisagé que l’enseignement en ligne se poursuivrait à la rentrée de septembre. »

Marion Riegert

Un projet Seed Money en perspective

Pour exploiter ces données prises sur le vif, les chercheurs ont déposé une candidature pour un projet d’amorçage Eucor - le campus européen Seed Money avec l’Université de Bâle et l’Université de Haute-Alsace. « Cette étude, constitue le premier volet d’un projet plus large. Il nous faut approfondir ces réponses, étudier plus en détails les pratiques effectives afin de mettre au jour ce qui est réellement innovant. Analyser les évolutions pour que les universités puissent anticiper de nouvelles crises. Pour cela, nous désirons monter un réseau de recherche autour de la question avec les universités du Rhin supérieur. » Elena Makarova, directrice de l’Institut de sciences de l’éducation de Bâle, qui participe au projet, est également membre du réseau Coronavirus-Related Teaching Situation (CRTS) qui regroupe des chercheurs d’universités de plusieurs pays (Allemagne, Argentine, Israël, Royaume-Uni, Suisse, France). Une piste intéressante pour avancer dans ce projet de recherche, notamment en comparant les données au sein d’un nombre important d’universités partenaires.

Regards croisés de chercheurs sur la Covid-19

Psychologie, éthique, économie, histoire, virologie… nous sommes partis à la rencontre de chercheurs de différents domaines de l’Université de Strasbourg pour apporter un éclairage sur la crise du coronavirus.

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